Dysphagie réversible secondaire à une myoclonie mandibulaire induite par la gabapentine
Une femme de 89 ans a présenté une dysphagie et des secousses de la mâchoire inférieure évoluant depuis trois jours, altérant considérablement sa capacité à s’hydrater. Ses antécédents incluaient une hypertension artérielle, un diabète sucré, une fracture humérale proximale gauche corrigée chirurgicalement, et une névralgie post-zostérienne du dermatome C5 droit. L’apparition des myoclonies mandibulaires coïncidait avec la dysphagie, motivant son hospitalisation. L’examen physique confirmait des myoclonies mandibulaires persistantes, sans autre anomalie neurologique. La patiente était pleinement consciente, sans nystagmus ni secousses des extrémités. Les bilans neurologique, biochimique (hémogramme, électrolytes, glycémie, fonctions rénale et hépatique) et l’imagerie cérébrale (tomodensitométrie) étaient normaux. L’électroencéphalogramme ne montrait pas d’activité épileptique.
L’analyse du traitement a révélé une prescription de gabapentine pour allodynie du dermatome C5 droit, initiée trois mois auparavant et augmentée à 300 mg trois fois par jour (TDS) deux mois avant l’admission. Bien que la créatininémie soit normale, le débit de filtration glomérulaire (DFG) estimé par la formule de Cockcroft-Gault était à 36 mL/min, correspondant à une maladie rénale chronique (MRC) stade 3. Une surdosage a été exclu, la prise médicamenteuse étant supervisée par la famille. La gabapentine a été arrêtée et remplacée par de la prégabaline (50 mg deux fois par jour), associée à du diazépam transitoire (2 mg TDS). Les myoclonies ont disparu au deuxième jour, permettant une reprise de l’alimentation normale après évaluation orthophonique. À un mois, la patiente restait asymptomatique.
La dysphagie aiguë chez les personnes âgées est souvent attribuée à un accident vasculaire cérébral ou un delirium. Cependant, les causes réversibles, comme les myoclonies mandibulaires, sont rarement rapportées. Les myoclonies, mouvements involontaires brefs et soudains, peuvent résulter de lésions cérébrales hypoxiques, de troubles métaboliques, de médicaments ou d’infections virales. Dans ce cas, le score de Naranjo (6/10) suggère la gabapentine comme cause probable. La littérature indique que 0,1 % à 12,5 % des patients sous gabapentine développent des myoclonies. Éliminée principalement par le rein, sa demi-vie s’allonge en cas d’insuffisance rénale (20 heures vs 5–8 heures en fonction normale). Bien que la posologie ait été adaptée à la MRC, une toxicité est survenue. Ce cas représente le deuxième rapport d’une myoclonie induite par une dose appropriée de gabapentine chez un patient avec MRC. Les myoclonies gabapentine-induites sont généralement multifocales, touchant au moins deux membres. D’autres médicaments, comme le céfépime, sont également impliqués. Les myoclonies gabapentine-induites sont souvent résolutives, mais les benzodiazépines à faible dose ou l’épuration extrarénale peuvent être utilisées dans les formes sévères.
Ce cas souligne l’importance de rechercher des causes réversibles de dysphagie aiguë, notamment les myoclonies mandibulaires, chez les sujets âgés. Les cliniciens doivent être vigilants face au risque de myoclonies sous gabapentine, particulièrement en cas d’insuffisance rénale. La résolution rapide après l’arrêt du médicament et l’adaptation thérapeutique illustrent la nécessité d’une surveillance étroite des effets indésirables, notamment dans les populations vulnérables. Ce rapport met également en lumière l’importance de l’ajustement posologique chez les patients avec altération de la fonction rénale.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000271