Différenciation du cancer gastrique et du lymphome gastrique par analyse de texture (TA) de la tomographie par émission de positons (TEP)
Introduction
Le cancer gastrique et le lymphome gastrique sont deux néoplasmes distincts présentant des caractéristiques cliniques et radiologiques similaires, mais des stratégies thérapeutiques et pronostiques différentes. Leur différenciation précise est essentielle pour une prise en charge optimale. Bien que la biopsie endoscopique reste la méthode diagnostique de référence, elle est invasive et limitée dans l’évaluation des lésions sous-muqueuses. Les techniques d’imagerie non invasives, comme la tomodensitométrie (TDM) et l’imagerie par résonance magnétique (IRM), peinent à distinguer ces entités de manière fiable. La tomographie par émission de positons (TEP) au 18F-fluorodésoxyglucose (FDG), qui reflète le métabolisme glucidique, offre des informations métaboliques tumorales complémentaires. Cependant, la variabilité de la fixation du FDG dans les deux pathologies limite la précision des paramètres standards tels que la valeur standardisée de fixation (SUV).
L’analyse de texture (TA), une méthode computationnelle quantifiant l’hétérogénéité intra-tumorale via la distribution spatiale des intensités de pixels ou de voxels, a montré un potentiel dans divers domaines oncologiques. Cette étude explore le rôle de la TA-TEP pour différencier le cancer gastrique du lymphome gastrique, ainsi que les lymphomes de bas grade de ceux de haut grade, afin d’améliorer la précision diagnostique.
Méthodes
Sélection des patients
Cette étude rétrospective a inclus 79 patients (45 cancers gastriques et 34 lymphomes gastriques) diagnostiqués entre janvier 2013 et février 2018. Les critères d’inclusion comprenaient un diagnostic confirmé par biopsie ou anatomie pathologique et une TEP/TDM préthérapeutique. Les patients ayant des antécédents de cancer, un traitement préalable, des données incomplètes ou une absence de fixation tumorale au FDG ont été exclus.
Acquisition d’images
Les patients, à jeun depuis six heures, ont reçu une injection intraveineuse de 18F-FDG. Les acquisitions TEP/TDM ont été réalisées avec un scanner hybride 16 coupes, utilisant les images TDM pour la correction d’atténuation. Les images TEP ont été reconstruites avec une taille de voxel de 4 mm³.
Analyse de texture
Des régions d’intérêt (ROI) englobant la totalité du volume tumoral ont été délimitées manuellement sur les images TEP, en évitant la lumière gastrique et les lésions métastatiques adjacentes. Les caractéristiques de texture (paramètres histogrammiques de premier ordre et matrice de co-occurrence des niveaux de gris (GLCM)) ont été extraites via un logiciel dédié. La reproductibilité intra- et inter-observateur a été évaluée.
Analyse statistique
Les différences entre groupes ont été analysées par le test de Mann-Whitney. La performance diagnostique des paramètres a été évaluée par des courbes ROC. La reproductibilité a été quantifiée par les coefficients de corrélation intraclasse (CCI).
Résultats
Caractéristiques des patients
La cohorte comprenait 47 hommes et 32 femmes, d’âge médian 60 ans. Les cancers gastriques incluaient divers sous-types histologiques, tandis que les lymphomes regroupaient des lymphomes du tissu lymphoïde associé aux muqueuses (MALT), des lymphomes B diffus à grandes cellules et autres.
Différences entre cancer gastrique et lymphome gastrique
Des différences significatives ont été observées pour la SUVmax, la SUVmean et plusieurs caractéristiques de texture. L’inertieGLCM, reflétant la variation locale de fixation du FDG, était plus faible dans les cancers gastriques (AUC = 0,714).
Différences entre lymphomes de bas et haut grade
Les lymphomes de bas grade présentaient une SUVmax, une SUVmean et une entropieHIST inférieures à celles des lymphomes de haut grade. La SUVmax et la SUVmean ont montré les meilleures performances discriminatives (AUC respectifs 0,818 et 0,842).
Différences entre lymphome de bas grade et cancer gastrique
L’entropieGLCM était significativement plus faible dans les lymphomes de bas grade que dans les cancers gastriques (AUC = 0,770), suggérant son utilité pour les cas avec SUV similaires.
Corrélations entre SUV et paramètres histogrammiques
Les caractéristiques histogrammiques (moyenne, écart-type, percentiles) ont montré des corrélations positives fortes avec la SUVmax et la SUVmean.
Analyse ROC
L’inertieGLCM a été le paramètre le plus discriminant pour différencier lymphomes et cancers gastriques, tandis que l’entropieGLCM s’est avérée efficace pour distinguer les lymphomes de bas grade des cancers.
Discussion
Cette étude souligne le potentiel de la TA-TEP pour améliorer le diagnostic différentiel des néoplasmes gastriques. L’inertieGLCM, liée à l’hétérogénéité locale de fixation du FDG, et l’entropieGLCM, reflétant l’hétérogénéité tumorale, apportent des informations complémentaires aux SUV standards. La plus faible inertieGLCM dans les cancers gastriques pourrait correspondre à une fixation plus homogène, contrairement aux lymphomes. De même, la faible entropieGLCM des lymphomes de bas grade refléterait une composition cellulaire monomorphe.
Limites
Les limites incluent le design rétrospectif, la taille modeste de l’échantillon et l’hétérogénéité des sous-types histologiques. Des études prospectives plus larges sont nécessaires pour valider ces résultats.
Conclusion
La TA-TEP, via des paramètres tels que l’inertieGLCM et l’entropieGLCM, offre une approche non invasive prometteuse pour différencier cancer gastrique, lymphome gastrique et leurs sous-types. En caractérisant l’hétérogénéité tumorale et les patterns métaboliques, cette méthode pourrait optimiser les décisions thérapeutiques personnalisées.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001206