Différences anatomiques des vaisseaux mésentériques supérieurs entre patients russes et chinois atteints de cancer du côlon droit : étude basée sur la tomodensitométrie
La prise en charge chirurgicale du cancer du côlon droit suscite un intérêt majeur, notamment concernant le rôle du curage ganglionnaire étendu (D3) lors d’une hémicolectomie droite. Un débat central porte sur l’exérèse des ganglions lymphatiques situés dorsalement par rapport à la veine mésentérique supérieure (VMS) et l’artère mésentérique supérieure (AMS). L’anatomie de l’AMS et de ses branches—l’artère iléocolique (AIC), l’artère colique moyenne (ACM) et l’artère colique droite (ACD)—est déterminante pour la faisabilité et la sécurité du curage D3. La position relative de ces branches par rapport à la VMS influence significativement la difficulté technique de la procédure.
Cette étude compare la fréquence des branches de l’AMS et leur position relative à la VMS chez des patients russes et chinois atteints de cancer du côlon droit. Les résultats révèlent des différences ethniques marquées dans l’anatomie vasculaire, susceptibles d’impacter l’approche chirurgicale et les résultats du curage D3.
Contexte et justification
L’AMS donne typiquement naissance à trois branches coliques : l’AIC, l’ACM et l’ACD. Cependant, l’ACD est absente dans environ 40 % des cas. La position dorsale ou ventrale de ces branches par rapport à la VMS est cruciale pour le curage D3. Une localisation dorsale complique l’accès aux origines vasculaires, augmentant le risque peropératoire.
La tomodensitométrie (TDM) permet une évaluation préopératoire fiable de l’anatomie vasculaire. Cette étude utilise des images TDM pour comparer l’anatomie vasculaire du côlon droit entre deux cohortes ethniques distinctes.
Méthodologie
Une analyse rétrospective de données prospectives a été menée sur des patients traités par hémicolectomie droite laparoscopique ou robotique avec curage D3 entre 2016 et 2018 dans deux centres—Pékin (Chine) et Moscou (Russie). Les critères d’inclusion comprenaient un cancer localisé au cæcum, au côlon ascendant ou à l’angle hépatique. Les antécédents de résection abdominale majeure ou des images TDM incomplètes étaient des critères d’exclusion.
Les branches artérielles étaient définies comme suit : l’ACM (branche la plus crâniale de l’AMS), l’AIC (branche la plus caudale), et l’ACD (vaisseau intermédiaire entre AIC et ACM). Six types de relations artério-veineuses ont été classés selon la position de l’AIC par rapport à la VMS (Types Ia à IIc).
Résultats
L’étude a analysé 260 patients (130 par centre). Le groupe chinois présentait une prédominance masculine (78 hommes vs 52 femmes), contrairement au groupe russe (66 hommes vs 64 femmes). L’âge moyen était plus bas chez les Chinois (58,8 ans vs 64,2 ans), sans différence significative. L’IMC était similaire entre les groupes.
L’ACD était significativement plus fréquente chez les Chinois (44,6 % vs 30,8 %). La position de l’AIC par rapport à la VMS différait également : dorsale dans 63,8 % des cas russes (vs 48,5 % chez les Chinois). Le Type IIa (AIC dorsale, ACD absente, ACM ventrale) prédominait chez les Russes (43,8 %), tandis que les Chinois présentaient une répartition équilibrée des types.
Discussion
Cette étude met en évidence des variations ethniques dans l’anatomie vasculaire du côlon droit. La prévalence accrue de l’ACD chez les Chinois et la localisation dorsale fréquente de l’AIC chez les Russes suggèrent des défis techniques distincts pour le curage D3. Une position dorsale de l’AIC nécessite une manipulation complexe de la VMS, augmentant les risques peropératoires—une situation plus courante dans la cohorte russe.
Ces différences pourraient expliquer les disparités rapportées dans les difficultés chirurgicales entre populations asiatiques et occidentales. Cependant, l’absence de vérification peropératoire et le caractère rétrospectif limitent la portée des conclusions.
Limites
Les limites incluent le design rétrospectif et l’absence de corrélation peropératoire. Néanmoins, la TDM est reconnue comme un outil valide pour la cartographie vasculaire préopératoire.
Conclusion
Des variations anatomiques ethniques significatives impactent la stratégie chirurgicale du cancer du côlon droit. La reconnaissance de ces différences est essentielle pour optimiser les techniques de curage D3 et améliorer les résultats postopératoires, notamment dans des contextes multiethniques.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001566