Dickkopf-1 circulant comme biomarqueur potentiel associé au pronostic des patients atteints de pneumopathie interstitielle liée à la polyarthrite rhumatoïde
La pneumopathie interstitielle diffuse (PID) est une manifestation extra-articulaire majeure chez les patients atteintes de maladies systémiques (connectivites), notamment la polyarthrite rhumatoïde (PR). Elle contribue de manière significative à la morbidité et à la mortalité excédentaire dans cette population. Il est établi que les patients atteints de PID associée à la PR (PR-PID) présentent un risque de décès trois fois plus élevé que les patients PR sans PID. Cependant, le diagnostic de PID reste complexe, car environ 30 % des cas ne peuvent être confirmés sur la base des données cliniques et de la tomodensitométrie haute résolution (TDM-HR). Cette incertitude diagnostique complique la prise en charge. Dans ce contexte, des biomarqueurs sanguins non invasifs, à visée diagnostique et pronostique, pourraient améliorer l’identification des patients à risque, en particulier dans les structures médicales aux ressources limitées.
Dickkopf-1 (DKK1), une protéine surexprimée dans les tissus pulmonaires de patients atteints de fibrose pulmonaire idiopathique (FPI), module la prolifération des cellules épithéliales induite par Wnt de manière dose-dépendante, suggérant son implication potentielle dans la PID et la PR. Cette étude vise à explorer le rôle de DKK1 circulant comme biomarqueur pronostique dans la PR-PID.
Méthodes
Menée à l’Hôpital général de l’Université médicale du Ningxia, cette étude a inclus 102 patients PR (35 PR-PID et 67 PR sans PID), recrutés entre décembre 2010 et janvier 2019. Le diagnostic de PR reposait sur les critères de l’American College of Rheumatology, et la PID était classée selon les critères de 2013 pour les pneumopathies interstitielles idiopathiques. Les données cliniques, biologiques, radiologiques et de survie ont été recueillies à partir des dossiers médicaux et/ou d’entretiens téléphoniques. Les taux sériques de DKK1 ont été mesurés par test ELISA (kits commerciaux Elsbscience Inc., Wuhan, Chine). Les analyses statistiques ont utilisé PRISM (v5) et SPSS (v18.0), incluant des tests ANOVA, Kruskal-Wallis, des courbes ROC et des régressions logistiques multivariées.
Résultats
Parmi les 35 patients PR-PID (60,4 ± 1,6 ans ; 51,4 % de femmes), la durée moyenne de la PR était de 10,1 ± 1,6 ans. Cinquante-cinq pour cent étaient fumeurs. Le score DAS28 moyen était de 5,9 ± 1,1, avec un traitement incluant AINS (20 %), glucocorticoïdes (11,4 %), méthotrexate (20 %) et DMARDs (48,6 %). Les taux de DKK1 sérique étaient significativement plus élevés chez les PR-PID (0,90 ± 0,17 ng/ml) vs PR sans PID (0,34 ± 0,03 ng/ml, p < 0,0001) et sujets sains (0,28 ± 0,03 ng/ml, p < 0,0001). Une corrélation positive entre DKK1 et CRP (r = 0,4837 ; p = 0,0032) a été observée, avec une CRP moyenne plus élevée chez les PR-PID (45,5 ± 7,90 mg/L vs 20,89 ± 4,03 mg/L, p = 0,0086).
L’analyse ROC a montré une AUC de 0,726 (seuil : 0,78 ng/ml) pour DKK1. En régression multivariée, DKK1 (OR : 15,764 ; IC95 % : 1,086–228,843 ; p = 0,043) et CRP (OR : 1,072 ; IC95 % : 1,000–1,150 ; p = 0,049) étaient des facteurs de risque indépendants de mortalité.
Sur les 27 patients PR-PID suivis, le taux médian de survie était plus court dans le groupe DKK1-positif (2,7 ans vs 5,1 ans ; p = 0,041). Cinq décès d’origine pulmonaire ont été documentés.
Discussion
Cette étude suggère que DKK1 circulant pourrait servir de biomarqueur pronostique dans la PR-PID, associé à une inflammation systémique accrue et une survie réduite. Les limites incluent un effectif restreint, l’absence de données fonctionnelles respiratoires ou de biopsies pulmonaires, et un suivi incomplet.
Conclusion
L’élévation de DKK1 sérique reflète un risque accru de mortalité dans la PR-PID. Des études multicentriques supplémentaires sont nécessaires pour valider son utilité clinique.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001267