Diabète gestationnel : prise de poids pendant la grossesse et relation avec les issues de la grossesse
Introduction
La prise de poids gestationnelle (PPG) est un indicateur critique de la santé maternelle et fœtale pendant la grossesse. Elle reflète le statut nutritionnel de la mère et peut être influencée par des interventions telles que la thérapie nutritionnelle et l’exercice physique, particulièrement chez les femmes atteintes de diabète gestationnel (DG). Le DG, défini comme une intolérance au glucose survenant pendant la grossesse, est une cause majeure de complications maternelles et néonatales, incluant la prééclampsie, la macrosomie fœtale, l’accouchement prématuré et la césarienne. Comprendre la relation entre la PPG et les issues de la grossesse chez les femmes avec DG est essentiel pour améliorer la santé maternelle et néonatale. Cette étude visait à évaluer l’impact de la PPG sur les issues de la grossesse chez les femmes avec DG, en se concentrant sur les prises de poids excessives et insuffisantes.
Méthodes
Une étude de cohorte rétrospective a été menée auprès de 1 523 femmes avec DG ayant accouché dans un hôpital de Pékin, en Chine, entre juillet 2013 et juillet 2016. Les participantes ont été sélectionnées sur la base d’un diagnostic de DG via une épreuve d’hyperglycémie orale avec 75 g de glucose (HGPO). Les femmes présentant un diabète prégestationnel, des dossiers médicaux incomplets, une hypertension, des anomalies fœtales ou des grossesses gémellaires ont été exclues. Les données collectées incluaient l’âge maternel, les antécédents familiaux de diabète, la parité, le poids et la taille avant la grossesse, la PPG, les taux de glucose sanguin, l’hémoglobine glyquée (HbA1c), ainsi que les issues maternelles et néonatales. La PPG a été catégorisée comme insuffisante, suffisante ou excessive selon les directives de l’Institute of Medicine (IOM), basées sur l’indice de masse corporelle (IMC) prégestationnel. Les issues évaluées incluaient l’accouchement prématuré, l’hypertension gestationnelle, la prééclampsie, la césarienne, la macrosomie, le poids élevé pour l’âge gestationnel (LGA), le petit poids pour l’âge gestationnel (SGA), l’hypoglycémie néonatale et la pollution du liquide amniotique. Les analyses statistiques ont été réalisées avec SPSS version 17.0, en utilisant une régression logistique multivariée pour étudier les associations entre la PPG et les issues de la grossesse.
Résultats
L’étude incluait 1 523 femmes avec DG, dont 451 (29,6 %) présentaient une PPG insuffisante, 484 (31,8 %) une PPG excessive et 588 (38,6 %) une PPG suffisante selon les critères de l’IOM. L’IMC prégestationnel moyen était de 23,6 kg/m², avec un IMC significativement plus élevé dans le groupe PPG excessive (24,6 kg/m²) comparé aux groupes suffisante (23,2 kg/m²) et insuffisante (23,2 kg/m²). Les femmes avec une PPG excessive étaient plus susceptibles d’être en surpoids ou obèses (45,2 %) que celles avec une PPG insuffisante (20,6 %). L’âge maternel et l’âge gestationnel étaient plus bas dans le groupe PPG insuffisante, tandis que la glycémie à jeun et l’HbA1c étaient plus élevées dans le groupe PPG excessive.
Une PPG excessive était indépendamment associée à un risque accru de macrosomie (rapport de cotes ajusté [aOR] 2,20, intervalle de confiance [IC] 95 % 1,50–3,35, p < 0,001), de LGA (aOR 2,06, IC 95 % 1,44–2,93, p < 0,001), d'hypoglycémie néonatale (aOR 3,80, IC 95 % 1,20–12,00, p = 0,023) et de césarienne (aOR 1,45, IC 95 % 1,13–1,87, p = 0,004). À l'inverse, une PPG excessive était liée à une réduction du risque de SGA (aOR 0,49, IC 95 % 0,25–0,97, p = 0,040) et d'accouchement prématuré (aOR 0,45, IC 95 % 0,21–0,96, p = 0,041). Une PPG insuffisante était associée à un risque significativement accru d'accouchement prématuré (aOR 3,53, IC 95 % 1,96–6,37, p < 0,001), mais aucune association significative n'a été observée avec le SGA, l'hypoglycémie néonatale ou les troubles hypertensifs.
Discussion
Cette étude souligne l’importance de gérer la PPG chez les femmes avec DG pour réduire les complications. Une PPG excessive, fréquente malgré les interventions nutritionnelles et l’exercice, augmentait les risques de macrosomie, LGA, hypoglycémie néonatale et césarienne. Cependant, une PPG insuffisante, également courante, était liée à un risque plus élevé d’accouchement prématuré. Ces résultats mettent en évidence la nécessité d’un équilibre dans la gestion du poids pendant la grossesse chez les femmes avec DG.
La prévalence plus élevée de PPG insuffisante dans cette étude (29,6 %) comparée aux populations générales (12,5 %) pourrait s’expliquer par des restrictions alimentaires strictes et un exercice excessif visant à contrôler la glycémie. À l’inverse, la prévalence plus faible de PPG excessive (31,8 %) suggère que les interventions pour le DG pourraient limiter la prise de poids excessive.
L’association entre PPG excessive et risques accrus de macrosomie/LGA est conforme aux études précédentes. Cependant, l’absence de lien significatif entre PPG insuffisante et SGA contraste avec les données des populations générales, peut-être en raison du risque plus élevé de LGA chez les femmes avec DG. L’hypoglycémie néonatale plus fréquente dans le groupe PPG excessive pourrait résulter d’une hyperinsulinémie fœtale, nécessitant des recherches supplémentaires.
Limites
Les limites incluent le design rétrospectif (risque de biais), l’autodéclaration du poids prégestationnel, l’absence de données sur l’alimentation et l’activité physique, et l’impossibilité de différencier la PPG par trimestre.
Conclusion
Cette étude démontre que les PPG excessive et insuffisante sont fréquentes chez les femmes avec DG et associées à des issues défavorables. Une gestion équilibrée du poids, via des interventions nutritionnelles et physiques adaptées, est cruciale pour optimiser la santé maternelle et néonatale.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000036