Détection non invasive du cancer du pancréas par mesure de la méthylation de l’ADN de Basonucline 1 et Septine 9 dans le plasma
Le cancer du pancréas (CP) est l’une des tumeurs malignes les plus létales, avec un taux de survie global à 5 ans variant entre 5 % et 15 %. Bien que son incidence soit relativement faible, le CP représente la septième cause de décès liés au cancer dans le monde. Le dépistage précoce est essentiel pour améliorer la survie des patients, mais il reste un défi majeur en raison de l’absence de symptômes spécifiques et de biomarqueurs fiables aux stades précoces. Actuellement, l’antigène glucidique 19-9 (CA 19-9) est le biomarqueur sérique le plus utilisé pour le diagnostic du CP. Cependant, son utilité est limitée : environ 10 % des patients ne produisent pas de CA 19-9, et son taux est souvent indétectable dans les stades précoces. De plus, ce marqueur manque de spécificité, car il peut être élevé dans des pathologies bénignes ou d’autres cancers.
Face à ces limites, l’identification de nouveaux biomarqueurs diagnostiques est urgente. Les altérations génétiques et épigénétiques, notamment l’hyperméthylation de l’ADN, sont impliquées dans la carcinogenèse pancréatique. Cette modification épigénétique, détectable dans l’ADN acellulaire (ADNac) du plasma, constitue un candidat idéal pour le dépistage non invasif. Deux gènes, Basonuclin 1 (BNC1) et Septin 9 (SEPT9), suscitent un intérêt particulier en raison de leur rôle suppresseur de tumeur. Leur inactivation par méthylation du promoteur a été suggérée comme marqueur diagnostique potentiel dans plusieurs cancers.
Cette étude a évalué les niveaux de méthylation de BNC1 et SEPT9 dans des échantillons tissulaires et plasmatiques de patients atteints de CP. Approuvée par le comité d’éthique de l’Université médicale de Pékin, elle a inclus 57 patients avec CP, 14 avec néoplasie intracanalaire pancréatique (PanIN), 44 avec maladies bénignes (15 pancréatites et 29 tumeurs bénignes), et 53 témoins sains. Des échantillons tissulaires (tumoraux et sains adjacents) ont également été collectés chez huit patients.
La méthylation a été analysée par PCR quantitative spécifique de la méthylation (qMSP). Les résultats montrent une augmentation significative de la méthylation de BNC1 et SEPT9 dans les tissus tumoraux comparés aux tissus sains. Dans le plasma, les valeurs de seuil de cycle (CT) pour BNC1 et SEPT9 étaient significativement plus basses chez les patients avec CP (42,1 ± 0,4 et 42,7 ± 0,4) que chez les témoins sains (44,4 ± 0,2 et 44,8 ± 0,1) ou les patients avec pathologies bénignes (43,1 ± 0,3 et 44,5 ± 0,2), suggérant un potentiel diagnostique.
L’analyse des courbes ROC a révélé pour BNC1 une AUC de 0,745, une sensibilité de 50,9 % et une spécificité de 88,7 %. Pour SEPT9, l’AUC était de 0,695, avec une sensibilité de 36,8 % et une spécificité de 96,2 %. La combinaison des deux marqueurs (BS19) a augmenté la sensibilité à 64,9 % (spécificité 86,8 %). L’association de BS19 avec le CA 19-9 a amélioré les performances diagnostiques (AUC 0,836 ; sensibilité 86,0 % ; spécificité 81,1 %), y compris pour les patients négatifs au CA 19-9, ceux avec PanIN ou des lésions bénignes.
Cependant, des limites existent : une méthylation élevée de BNC1/SEPT9 est également observée dans 30 % des pathologies bénignes (pancréatites) ou d’autres cancers (côlon, poumon, foie), réduisant leur spécificité. La petite taille de l’échantillon et l’absence de validation prospective limitent aussi la généralisation des résultats.
En conclusion, la méthylation de BNC1 et SEPT9 dans l’ADNac plasmatique représente un outil prometteur pour le dépistage non invasif du CP. Leur combinaison avec le CA 19-9 améliore significativement le diagnostic précoce. Des études à plus grande échelle sont nécessaires pour confirmer leur utilité clinique.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000257