Couverture vaccinale contre la grippe et le pneumocoque et facteurs associés chez les patients hospitalisés pour exacerbations aiguës de BPCO en Chine
La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) demeure une cause majeure de morbidité et de mortalité dans le monde, les exacerbations aiguës (EABPCO) contribuant significativement à ce fardeau. Les infections respiratoires, notamment celles liées aux virus grippaux et à Streptococcus pneumoniae, en sont des déclencheurs majeurs. Bien que les recommandations internationales préconisent la vaccination antigrippale et antipneumococcique pour les patients BPCO, la couverture vaccinale en Chine reste peu documentée. Cette étude utilise des données réelles pour explorer les taux de vaccination et les facteurs associés chez des patients chinois hospitalisés pour EABPCO, révélant des lacunes critiques dans les stratégies préventives.
Conception de l’étude et population
L’analyse s’appuie sur le registre ACURE (Acute Exacerbations of Chronic Obstructive Pulmonary Disease Inpatient Registry), une cohorte observationnelle prospective multicentrique nationale. Entre 2017 et 2021, 173 hôpitaux répartis dans 28 provinces chinoises ont inclus des adultes hospitalisés pour EABPCO suspectée ou confirmée. Les participants sans BPCO confirmée par spirométrie (rapport VEMS/CV <0,7 post-bronchodilatateur) ou participant à d’autres essais ont été exclus. Sur 8 372 patients évalués, 6 949 étaient éligibles.
Pour assurer une représentativité nationale, les taux de vaccination ont été pondérés selon la répartition des niveaux (secondaire vs. tertiaire) et types d’hôpitaux (généraux vs. médecine traditionnelle chinoise). Les données démographiques, cliniques et thérapeutiques ont été recueillies via des questionnaires standardisés et des dossiers médicaux. Les critères de jugement incluaient l’auto-déclaration d’une vaccination antigrippale dans l’année ou antipneumococcique dans les 5 ans. Des modèles de régression de Poisson multivariés à effets mixtes ont identifié les facteurs associés à la vaccination, ajustés pour les variables régionales, sociodémographiques et cliniques.
Principaux résultats : une couverture vaccinale extrêmement faible
Les taux pondérés de vaccination étaient alarmants :
- 2,72 % (IC 95 % : 2,34–3,10) avaient reçu au moins un vaccin (grippe ou pneumocoque).
- 2,09 % (IC 95 % : 1,76–2,43) étaient vaccinés contre la grippe.
- 1,25 % (IC 95 % : 0,99–1,51) contre le pneumocoque.
Seuls 0,37 % des participants étaient protégés contre les deux pathogènes. Ces chiffres contrastent avec les données internationales (36,5 % de couverture antigrippale en Turquie, 66 % en Norvège).
Facteurs associés à la vaccination
Déterminants sociodémographiques
- Âge : La couverture augmentait avec l’âge, atteignant 3,37 % chez les 60–69 ans et 2,92 % chez les ≥80 ans. Les patients <60 ans avaient les taux les plus bas (1,77 %).
- Région : Le Nord de la Chine affichait la couverture la plus élevée (5,41 %), contre 0,37 % dans le Sud. Les résidents urbains avaient 69 % de probabilité supplémentaire d’être vaccinés (OR : 1,69 ; IC 95 % : 1,07–2,66).
- Éducation : Un niveau d’études supérieur était corrélé à une meilleure adhésion (4,93 % pour le lycée ou plus vs. 1,77 % pour le primaire ; OR : 2,61 ; IC 95 % : 1,69–4,03).
- Tabagisme : Les anciens fumeurs avaient des taux plus élevés (3,94 %) que les fumeurs actuels (1,71 %) ou non-fumeurs (1,89 %).
Facteurs cliniques et comportementaux
- Gravité de la maladie : Les patients hospitalisés pour exacerbations sévères dans l’année écoulée avaient 35 % moins de chances d’être vaccinés (OR : 0,65 ; IC 95 % : 0,45–0,96). Paradoxalement, ceux au stade GOLD 4 (VEMS <30 %) avaient une couverture plus élevée (4,62 %).
- Adhésion thérapeutique : L’usage régulier de traitements inhalés (≥3 mois) triplait la probabilité de vaccination (OR : 3,28 ; IC 95 % : 2,29–4,70). Les patients vaccinés adhéraient mieux aux thérapies non pharmacologiques (réadaptation respiratoire, sevrage tabagique).
- Comorbidités : Les maladies cardiovasculaires (OR : 1,32 ; IC 95 % : 1,02–1,70) et autres pathologies respiratoires (bronchectasies, asthme) étaient associées à une meilleure couverture.
Obstacles régionaux et systémiques
L’étude met en lumière des inégalités systémiques :
- Accessibilité des vaccins : Absents du Programme national de vaccination chinois, ces vaccins restent à charge des patients. Les politiques de remboursement sont disparates (gratuits pour les seniors à Pékin et Shanghai, mais rares ailleurs).
- Infrastructures de santé : Les vaccinations sont administrées en centres communautaires, tandis que les soins pour BPCO se font dans les hôpitaux, fragmentant la prise en charge.
- Manque de sensibilisation : Seuls 50,8 % des professionnels de santé recommandent systématiquement les vaccins aux patients à risque.
Implications pour la pratique clinique et les politiques
- Campagnes ciblées : Prioriser les sous-groupes à risque (résidents urbains, anciens fumeurs, patients comorbidaux).
- Intégration aux soins de la BPCO : Exploiter les consultations hospitalières pour sensibiliser et orienter.
- Réformes politiques : Plaider pour des subventions nationales et l’inclusion des vaccins dans les protocoles standards.
- Formation des professionnels : Renforcer les recommandations chez les pneumologues et médecins généralistes.
Conclusion
Cette étude révèle des déficiences majeures dans la prévention des EABPCO en Chine, avec des taux de vaccination bien inférieurs aux références internationales. Une approche multisectorielle s’impose pour lever les barrières financières, éducatives et systémiques. L’alignement des stratégies vaccinales sur la prise en charge de la BPCO et des réformes politiques ciblées pourraient réduire le fardeau des exacerbations évitables et améliorer le pronostic de millions de patients.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002790