Corrélations entre les altérations des lymphocytes T auxiliaires 17 et l’efficacité du traitement après radiochimiothérapie concomitante dans le cancer du col de l’utérus localement avancé (stades IIB–IIIB) : une étude prospective de 3 ans
Introduction
Le cancer du col de l’utérus demeure un problème de santé mondial majeur, en particulier dans les pays en développement. En Chine, l’incidence et la mortalité liées à ce cancer augmentent, principalement en raison de la prévalence des infections par le papillomavirus humain (HPV) à haut risque et de l’accès limité aux vaccins anti-HPV. Les cancers localement avancés (CLA) du col utérin, classés comme stades IIB à IIIB selon la Fédération Internationale de Gynécologie et d’Obstétrique (FIGO), présentent un défi thérapeutique considérable. La radiochimiothérapie concomitante (cCRT) constitue le traitement standard, mais le pronostic reste variable, soulignant le besoin de biomarqueurs prédictifs de réponse.
Les lymphocytes T auxiliaires 17 (Th17), une sous-population de lymphocytes CD4+ producteurs d’interleukine (IL)-17, sont impliqués dans divers cancers, y compris le cancer du col. Bien que leur rôle dual (pro- et anti-tumoral) soit reconnu, leur implication dans la réponse à la cCRT reste mal élucidée. Cette étude prospective visait à analyser les variations des Th17 circulants et des cytokines associées chez des patientes atteintes de CLA avant et après cCRT, et à corréler ces modifications avec l’efficacité thérapeutique.
Méthodes
Quarante-neuf patientes atteintes de CLA (FIGO IIB–IIIB) et 23 témoins sains ont été inclus. Le protocole de cCRT comprenait une chimiothérapie à base de sels de platine, une radiothérapie externe et une curiethérapie à haut débit de dose. Les taux de Th17 circulants (lymphocytes CD3+CD8–IL-17+) et des cytokines (IL-17, TGF-β, IL-10, IL-23, IL-6, IL-22) ont été mesurés par cytométrie en flux et ELISA avant et après traitement. L’efficacité a été évaluée sur la réponse tumorale, la survie sans progression (SSP) et la survie globale (SG) pendant un suivi de trois ans.
Résultats
Efficacité thérapeutique et pronostic
Sur 40 patientes évaluables, le taux de réponse globale était de 90 % (82,5 % de rémissions complètes). Les taux de SSP et SG à trois ans atteignaient 70 %. Douze décès liés à la progression tumorale ont été enregistrés.
Variations des Th17 circulants
Les patientes présentaient un pourcentage médian de Th17 plus élevé que les témoins avant traitement (4,54 % vs 2,01 % ; p < 0,001). Une diminution significative post-cCRT était observée (2,89 % ; p < 0,001), restant supérieure aux témoins. Les patientes avec une réduction marquée des Th17 (groupe OD, n=27) montraient une meilleure réponse, une SSP et une SG plus longues que le groupe NOD (n=13).
Profils cytokiniques
Avant traitement, les taux d’IL-6, IL-10, IL-22 et TGF-β étaient élevés chez les patientes, contrairement à l’IL-23 qui était abaissée. Post-cCRT, une augmentation de l’IL-6, IL-10, IL-17 et IL-23 coexistait avec une baisse du TGF-β. Le groupe OD présentait des niveaux plus élevés d’IL-10 et d’IL-17 post-traitement.
Corrélations Th17-cytokines
Des corrélations positives existaient entre les Th17 et l’IL-17, IL-22, IL-23 et TGF-β avant traitement. La diminution des Th17 post-cCRT corrélait avec les variations de l’IL-17, IL-22, IL-6, IL-10 et TGF-β, soulignant leur rôle dans la réponse immune.
Discussion
Cette étude révèle que la réduction des Th17 circulants après cCRT est associée à un meilleur pronostic dans le CLA, suggérant leur implication pro-tumorale dans ce contexte. L’augmentation post-thérapeutique de cytokines pro-inflammatoires (IL-6, IL-17) reflète probablement une modulation immune complexe. Ces données supportent l’intérêt des Th17 et de leur environnement cytokinique comme biomarqueurs pronostiques, bien que leur rôle dual nécessite des investigations mécanistiques complémentaires.
Limites et perspectives
Les limites incluent la taille d’échantillon réduite, le design monocentrique et le suivi limité. Des études multicentriques avec des prélèvements séquentiels approfondiront la dynamique des Th17. L’exploration de leur plasticité et des interactions avec d’autres acteurs immunitaires (lymphocytes T régulateurs, macrophages) est nécessaire.
Conclusion
Cette étude prospective de trois ans démontre qu’une diminution prononcée des Th17 circulants après cCRT corrèle avec une meilleure efficacité thérapeutique et un pronostic amélioré dans le CLA. Les variations des Th17 et de leur réseau cytokinique pourraient guider des stratégies thérapeutiques personnalisées.
doi : 10.1097/CM9.0000000000001475