Consensus Multidisciplinaire d’Experts pour l’Évaluation et la Gestion de la Migraine Vestibulaire
La migraine vestibulaire (MV) est un trouble courant caractérisé par des épisodes récurrents de vertiges ou d’étourdissements, souvent accompagnés de symptômes tels que nausées, vomissements et céphalées. Malgré sa prévalence, la MV est fréquemment mal diagnostiquée comme d’autres affections telles que l’ischémie de la circulation postérieure (ICP), l’attaque ischémique transitoire (AIT), le vertige vestibulaire périphérique, la maladie de Ménière (MM) ou les infarctus cérébraux multiples. Le taux de mauvais diagnostic peut atteindre 80 %, soulignant la nécessité d’une approche standardisée pour son évaluation et sa gestion. Ce consensus vise à fournir un cadre complet pour le diagnostic et le traitement de la MV, basé sur les dernières recherches et les opinions d’experts.
Développement du Concept de Migraine Vestibulaire
Le concept de MV a évolué de manière significative au cours du siècle dernier. Initialement proposé en 1917 par Boemhei, la relation entre la migraine et le vertige a été ensuite décrite par Kayan et Hood en 1984. Au fil des ans, la MV a été désignée par divers termes tels que vertige associé à la migraine, vestibulopathie liée à la migraine et vertige migraineux, entraînant une confusion dans son diagnostic et sa gestion. Ce n’est qu’en 2001 que Neuhauser et al. ont proposé un ensemble de critères diagnostiques pour la MV, qui étaient plus libéraux que ceux de la Classification Internationale des Troubles Céphalalgiques (CITC). Ces critères ont ensuite été affinés et adoptés par la Société Barany et la Société Internationale des Céphalées (SIC) en 2012, puis inclus dans la CITC-IIIb en 2013 et la CITC-III en 2018. Malgré ces avancées, le taux de diagnostic de la MV reste faible, avec environ 14,5 % des neurologues et 19 % des médecins ORL ne diagnostiquant jamais cette condition.
Épidémiologie de la Migraine Vestibulaire
La MV est l’une des causes les plus fréquentes de vertige récurrent, avec une prévalence estimée à 1 % dans la population générale. Elle peut toucher des individus de tout âge, mais il existe une prédominance féminine claire, avec un ratio homme-femme de 1:1,5–5. L’incidence annuelle de la MV chez les femmes âgées de 40 à 54 ans est d’environ 5 %. Avant la publication des critères de la CITC-IIIb, la MV représentait 4,2 % à 29,3 % des cas dans les services de consultation ORL, 6 % à 25,1 % dans les cliniques de vertige et 9 % à 11,9 % dans les cliniques de céphalées. Suite à la publication des critères diagnostiques, une étude prospective multicentrique de 2016 a révélé que la MV et la MV possible représentaient respectivement 10,3 % et 2,5 % des patients souffrant de migraines. Le trouble est particulièrement répandu en Chine, où il est la deuxième cause la plus fréquente de vertige après le vertige positionnel paroxystique bénin (VPPB).
Pathogénèse de la Migraine Vestibulaire
La pathogénèse exacte de la MV reste incertaine, mais plusieurs hypothèses ont été proposées. Celles-ci incluent la dépression corticale envahissante, les anomalies des neurotransmetteurs, la dysfonction trigémino-vasculaire, les insuffisances des canaux ioniques, les anomalies de l’intégration des signaux centraux et les facteurs génétiques. Une agrégation familiale a été observée en pratique clinique, suggérant une composante génétique du trouble. Certaines études ont montré que la MV peut suivre un mode de transmission autosomique dominant, avec une pénétrance plus faible chez les hommes que chez les femmes. Les facteurs hormonaux, en particulier la baisse des hormones sexuelles pendant la ménopause, peuvent également jouer un rôle dans la transformation des migraines en MV chez certaines patientes.
Symptômes, Signes et Bilans pour la Migraine Vestibulaire
La MV peut se manifester à tout âge, avec des symptômes variés parmi les patients. Le symptôme initial peut être soit une céphalée, soit un vertige, et les deux peuvent survenir simultanément ou séquentiellement. Dans la plupart des cas, la céphalée précède le vertige de plusieurs années, mais chez certains patients, le vertige peut survenir avant la céphalée ou même en l’absence de céphalée. Le stress, la fatigue, l’anxiété, le manque de sommeil, l’activité physique excessive et certains aliments peuvent déclencher des crises de MV. Les manifestations cliniques de la MV sont diverses, avec des patients présentant des symptômes différents à différents âges ou lors de différentes crises. Les symptômes courants incluent vertiges, étourdissements, nausées, vomissements et démarche instable. Certains patients peuvent également ressentir une intolérance aux mouvements de la tête, une gêne cervicale, des troubles de l’humeur et une perte auditive transitoire pendant les crises.
Lors d’une crise, des signes transitoires tels qu’un déséquilibre corporel, un nystagmus et des déficits du champ visuel peuvent survenir. Cependant, ces signes ne sont pas spécifiques à la MV et peuvent être difficiles à distinguer de ceux des troubles vestibulaires périphériques ou centraux. Les tests de fonction vestibulaire, tels que le test calorique et le test vidéo-impulsionnel de la tête, peuvent aider à identifier des anomalies de la fonction vestibulaire. Les résultats de l’IRM chez les patients atteints de MV peuvent montrer de multiples foyers hyperintenses de la substance blanche dans la substance blanche sous-corticale et le centre ovale, mais ces résultats ne sont pas spécifiques et sont principalement utiles pour le diagnostic différentiel.
Diagnostic et Diagnostic Différentiel de la Migraine Vestibulaire
Le diagnostic de la MV est basé sur la présence de cinq épisodes ou plus de symptômes vestibulaires modérés à sévères, avec ou sans céphalée. Les critères diagnostiques mettent l’accent sur la nature récurrente des crises. Un historique détaillé, incluant les antécédents familiaux de migraine, est crucial pour un diagnostic précis. Le diagnostic différentiel de la MV inclut plusieurs autres conditions causant des vertiges récurrents, telles que le VPPB, la MM, l’ICP et les troubles non structurels de l’étourdissement.
Le VPPB est la cause la plus fréquente de vertige récurrent et est diagnostiqué à l’aide de tests positionnels tels que les tests de Dix-Hallpike et de roulé couché. La MM est caractérisée par des vertiges épisodiques, une perte auditive fluctuante, des acouphènes et une plénitude aurale, et est diagnostiquée sur la base de l’histoire clinique et de l’examen physique. L’ICP, qui inclut l’infarctus et l’AIT, est une condition potentiellement mortelle nécessitant une évaluation urgente par neuro-imagerie. Les troubles non structurels de l’étourdissement, tels que les étourdissements fonctionnels et psychiatriques, sont caractérisés par des étourdissements persistants qui fluctuent avec l’humeur et sont exacerbés par le stress.
Gestion de la Migraine Vestibulaire
La gestion de la MV implique à la fois un traitement symptomatique lors des crises aiguës et des mesures préventives pour réduire la fréquence et la gravité des épisodes. Le traitement aigu se concentre sur le contrôle des symptômes tels que les vertiges et les nausées, en utilisant des médicaments tels que les triptans et les inhibiteurs vestibulaires. Le traitement préventif est recommandé pour les patients souffrant de crises fréquentes ou sévères et suit les mêmes principes que la gestion des migraines. Les options incluent les bêta-bloquants (par exemple, propranolol, métoprolol), les antagonistes des canaux calciques, les antiépileptiques (par exemple, acide valproïque, topiramate) et d’autres médicaments tels que la Gastrodine et la Nicergoline. La rééducation vestibulaire et l’éducation des patients sont également des composantes importantes de la gestion de la MV, en particulier pour les patients souffrant d’anxiété et de dépression comorbides.
La médecine traditionnelle chinoise (MTC) offre une approche alternative au traitement de la MV, en se concentrant sur la différenciation des syndromes et la gestion des symptômes et des causes sous-jacentes. Des études ont montré que la capsule Tianshu, une formulation de MTC, peut être efficace pour réduire la fréquence et la gravité des crises de MV.
Conclusion
La migraine vestibulaire est une condition courante mais souvent mal diagnostiquée qui nécessite une approche multidisciplinaire pour un diagnostic précis et une gestion efficace. Le développement de critères diagnostiques standardisés a amélioré la reconnaissance de la MV, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre pleinement sa pathogénèse et optimiser les stratégies de traitement. Ce consensus fournit un cadre complet pour l’évaluation et la gestion de la MV, en mettant l’accent sur l’importance d’un historique clinique détaillé, de bilans diagnostiques appropriés et d’un plan de traitement personnalisé qui aborde à la fois les symptômes aigus et la prévention à long terme.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000064