Comparaison des effets de l’entraînement en double tâche et de l’entraînement en tâche unique sur la marche, l’équilibre et les fonctions cognitives chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson
Résumé
La maladie de Parkinson (MP) est un trouble neurodégénératif progressif caractérisé par des symptômes moteurs (troubles de la marche, instabilité posturale) et non moteurs (déficits cognitifs), augmentant le risque de chutes et altérant la qualité de vie. Bien que la rééducation conventionnelle cible les fonctions motrices en conditions de tâche unique (TU), les situations réelles nécessitent souvent l’exécution simultanée de tâches motrices et cognitives (double tâche, DT). Cette revue systématique évalue si l’entraînement en DT surpasse l’entraînement en TU pour améliorer la marche en DT, l’équilibre et la cognition dans la MP.
Méthodes
Une recherche documentaire a été réalisée sur PubMed, Cochrane Library, Web of Science et Metstr jusqu’au 10 mai 2023. Les essais contrôlés randomisés (ECR) comparant l’entraînement en DT (tâches motrices et cognitives simultanées) et en TU (tâches isolées) chez des patients atteints de MP ont été inclus. La qualité méthodologique a été évaluée via l’échelle PEDro. Les données extraites incluaient les paramètres de marche, d’équilibre et de cognition, avec calcul des tailles d’effet (Hedges’ g).
Résultats
Six publications (5 essais, n = 214) ont été incluses. Les participants présentaient une MP légère à modérée (stades de Hoehn et Yahr I–IV). Aucune différence significative n’a été observée entre les groupes pour la vitesse de marche, la cadence ou les mesures cliniques d’équilibre (p > 0,05). L’entraînement en DT a amélioré le temps de double appui en DT (g = 0,34) et réduit l’oscillation du centre de pression (COP) en conditions yeux fermés (COP médiolatéral : g = 0,18 ; antéropostérieur : g = 1,25). Aucun bénéfice cognitif supérieur n’a été identifié. Les scores UPDRS-III, la qualité de vie (PDQ-39) et le freezing ont progressé de manière similaire dans les deux groupes.
Discussion
Les résultats ne confirment pas la supériorité systématique de l’entraînement en DT sur l’entraînement en TU. Les améliorations contextuelles (ex. : contrôle postural en DT, intégration sensorielle) suggèrent des mécanismes distincts : coordination des tâches pour le DT vs. automaticité motrice pour le TU. L’absence de différences cognitives pourrait refléter une intensité ou durée d’entraînement insuffisante. Les limitations incluent l’hétérogénéité des protocoles et la petite taille des échantillons.
Conclusion
L’entraînement en DT et en TU induisent des bénéfices comparables sur la mobilité et l’équilibre dans la MP. Le choix du paradigme doit être individualisé selon les objectifs fonctionnels (ex. : mobilité basique vs. performance en milieu complexe). Des études ultérieures standardisées et longitudinales sont nécessaires pour préciser les effets à long terme et les facteurs prédictifs de réponse.
Mots-clés : maladie de Parkinson, entraînement en double tâche, équilibre, marche, cognition, rééducation
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002999