Compagnonnage familial entre patients atteints de la maladie à coronavirus 2019 : une étude observationnelle rétrospective
L’épidémie mondiale de la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) a confronté les systèmes de santé à des défis sans précédent. Une caractéristique majeure de cette maladie réside dans sa tendance à former des regroupements familiaux, avec une infection simultanée de plusieurs membres. Ce phénomène a des implications significatives pour la prise en charge des patients, particulièrement en milieu hospitalier où les protocoles d’isolement sont stricts. Cette étude explore l’impact du compagnonnage familial (CF) chez les patients hospitalisés pour COVID-19.
Méthodes
Cette étude observationnelle rétrospective, approuvée par le Comité d’Éthique de l’Hôpital Universitaire de Pékin III, a inclus des patients adultes admis dans un service de l’Hôpital Tongji (Université des Sciences et Technologies de Huazhong) entre le 9 et le 29 février 2020. Les critères d’inclusion reposaient sur le diagnostic de COVID-19 selon les directives cliniques chinoises. Les patients présentant des comorbidités graves ou sous assistance respiratoire extracorporelle ont été exclus. Les patients admis avec des membres de leur famille infectés par le SARS-CoV-2 ont formé le groupe « compagnonnage familial » (CF), tandis que les autres patients, répartis par sexe, ont constitué le groupe témoin (sans CF, nCF). Tous ont reçu les mêmes traitements selon les protocoles nationaux.
Résultats
Sur 66 patients admis, 53 ont été inclus (10 dans le groupe CF et 43 dans le nCF). Le groupe CF présentait un âge médian plus élevé (73 ans vs 64 ans) et une prévalence accrue d’hypertension (90 % vs 39,5 %). Aucune différence significative n’a été observée pour les autres caractéristiques. Dans le groupe CF, les patients moins sévères ont aidé à prendre en charge leurs proches (alimentation, hygiène) et ont servi de médiateurs linguistiques pour le personnel soignant. Les quatre couples du groupe CF ont survécu, contrairement à une paire père-fille où le décès du père a suivi la sortie prématurée de sa fille. Le taux de survie à 28 jours était de 81,1 % (43/53), avec une tendance favorable pour le groupe CF (90 % vs 79 %). Pour les cas graves/critiques, la survie était de 83,3 % (5/6) dans le CF vs 57,1 % (12/21) dans le nCF.
Discussion
Le CF pourrait atténuer l’anxiété, améliorer l’observance thérapeutique (ex. : ventilation non invasive) et faciliter la communication avec les soignants. Cependant, cette stratégie est limitée aux maladies infectieuses aiguës, nécessite le consentement des patients, et peut compromettre la confidentialité. Des biais potentiels (âge, comorbidités) et la petite taille de l’échantillon limitent la généralisation des résultats. Néanmoins, le CF représente une approche holistique et économe en ressources, pertinente dans les contextes précaires.
Conclusion
Le compagnonnage familial pourrait améliorer les résultats cliniques des patients COVID-19 hospitalisés, en particulier dans les cas graves. Des études prospectives à plus grande échelle sont nécessaires pour valider son efficacité.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001114