Charge sanitaire liée à l’amélioration de la qualité de l’air en Chine
Introduction
L’industrialisation rapide et l’urbanisation de la Chine au cours des dernières décennies ont stimulé une croissance économique sans précédent, mais ont également provoqué une pollution atmosphérique sévère, engendrant des risques sanitaires majeurs. En réponse, le gouvernement chinois a mis en œuvre des politiques rigoureuses, incluant le Plan d’action pour la prévention et le contrôle de la pollution atmosphérique (APPCAP) de 2013 à 2017 et la Bataille pour la défense du ciel bleu de 2018 à 2020. Bien que ces mesures aient réduit les concentrations de particules fines (PM(_{2.5})), la pollution à l’ozone (O(3)) est devenue une préoccupation croissante. Cette étude évalue les tendances spatio-temporelles de la charge sanitaire et des pertes économiques attribuables aux PM({2.5}) et à l’O(_3) en Chine de 2005 à 2017, fournissant des insights pour optimiser les stratégies de contrôle dans un contexte de développement économique.
Méthodes
Sources de données et évaluation de l’exposition
L’étude a intégré plusieurs jeux de données :
- Exposition à la pollution : Les concentrations annuelles moyennes de PM(_{2.5}) et d’O(3) à une résolution de 1 km ont été modélisées via une approche de forêt aléatoire multiparamétrique, validée avec une haute précision (R(^2) : 0,85–0,90 pour PM({2.5}), 0,69–0,77 pour O(_3)).
- Population et mortalité : Les données démographiques par comté (recensement 2010) et les taux de mortalité provinciaux (issues de la base Global Burden of Disease, GBD) ont été utilisés pour les pathologies suivantes : bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), cancer du poumon, cardiopathie ischémique, accident vasculaire cérébral (AVC) et infections respiratoires basses.
- Données socio-économiques : Le PIB provincial et l’indice des prix à la consommation (IPC) proviennent des annuaires statistiques nationaux.
Estimation des impacts sanitaires
La mortalité prématurée liée aux PM(_{2.5}) et à l’O(3) a été calculée via le cadre méthodologique du GBD. Les risques relatifs (RR) pour les PM({2.5}) ont été dérivés de fonctions intégrées exposition-réponse (IER), tandis que des modèles log-linéaires (LL) ont estimé les risques associés à l’O(3). Les seuils d’exposition étaient fixés à 2,4–5,9 µg/m(^3) pour les PM({2.5}) et 33,3 parties par milliard (ppb) pour l’O(_3).
Calcul du fardeau économique
Les pertes économiques ont été évaluées via la valeur statistique de la vie (VSV), ajustée selon le PIB par habitant et l’IPC. Une VSV de base de 1,68 million de RMB (valeur de Pékin en 2010) a été extrapolée aux autres provinces via une élasticité-revenu de 0,8.
Résultats
Tendances de la pollution atmosphérique
De 2005 à 2017, les niveaux nationaux de PM(_{2.5}) ont diminué de 24 % (58,82 à 44,41 µg/m(^3)), avec une baisse marquée après 2013 dans les régions Pékin-Tianjin-Hebei (BTH), la plaine Fen-Wei (FWP) et Sichuan-Chongqing (SC). Inversement, l’O(_3) a augmenté de 14 %, notamment dans les zones industrialisées (BTH, FWP, delta du Yangtsé [YRD]).
Charge sanitaire
En 2017, les PM(_{2.5}) et l’O(3) ont causé 940 000 décès prématurés (68,5 pour 100 000 habitants), soit une baisse de 6,9 % depuis 2005. Les PM({2.5}) représentaient 91–92 % de la mortalité totale, dominée par les maladies cardiovasculaires. Cependant, les décès liés à l’O(_3) ont augmenté de 56 % dans la FWP et 12 % dans la SC.
Spatialement, la mortalité était concentrée dans les régions peuplées et polluées : BTH, SC, FWP et YRD. Le taux de mortalité par habitant était le plus élevé dans les provinces centrales et nord-est, en raison du vieillissement et de taux de morbidité élevés.
Pertes économiques
Les pertes économiques attribuables à la pollution sont passées de 696 milliards de RMB (3,7 % du PIB) en 2005 à 1 170 milliards (1,4 % du PIB) en 2017. Les améliorations de la qualité de l’air ont évité 101 milliards de pertes potentielles entre 2013 et 2017, mais la croissance économique a amplifié les coûts de 167 milliards.
Les provinces du Shandong, Guangdong, Henan et Sichuan ont subi les pertes les plus élevées (>100 milliards de RMB en 2017). Dans le nord-est, les impacts dépassaient 1,5 % du PIB régional.
Contribution de l’O(_3)
L’O(_3) a contribué à 7,7–8,9 % de la mortalité prématurée et 6,3–7,6 % des pertes économiques entre 2005–2017. Sa part a cru le plus rapidement dans la FWP, le YRD et les provinces occidentales. En 2017, l’O(_3) représentait plus de 12 % des décès liés à la pollution dans le YRD et la FWP.
Discussion
Défi double des PM(_{2.5}) et de l’O(_3)
Si les PM(_{2.5}) restent le principal facteur de morbidité, la contribution croissante de l’O(3) souligne la nécessité d’un contrôle coordonné. Les interactions chimiques entre la réduction des PM({2.5}) et la hausse de l’O(_3) compliquent la dynamique de pollution, exigeant des stratégies régionalisées.
Disparités régionales et implications économiques
Les régions industrialisées (BTH, YRD) ont bénéficié des réductions de PM(_{2.5}) mais font face à l’O(_3). Le nord-est, en retard de croissance, subit un fardeau relatif accru, nécessitant des réformes industrielles et des investissements sanitaires. À l’inverse, les provinces méridionales comme Hainan affichent des impacts moindres (0,6 % du PIB).
Recommandations politiques
- Renforcer le contrôle de l’O(_3) : Cibler les émissions de composés organiques volatils (COV) et d’oxydes d’azote (NO(_x)) dans les régions critiques.
- Collaboration interrégionale : Harmoniser les politiques pour les pollutions transfrontalières.
- Cobenefits économico-sanitaires : Prioriser les régions à haut PIB pour maximiser l’efficacité-coût, tout en soutenant les zones vulnérables.
Conclusion
Les politiques chinoises ont réduit la charge sanitaire des PM(_{2.5}), mais les coûts économiques augmentent avec le PIB. L’impact croissant de l’O(3) exige une gestion intégrée PM({2.5})-O(_3), notamment dans les régions industrialisées. Les futures stratégies doivent concilier contrôle de la pollution, résilience économique et équité sanitaire.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002974