Charge mondiale prévisible du cancer gastrique durant la transition démographique de 2020 à 2040

Charge mondiale prévisible du cancer gastrique durant la transition démographique de 2020 à 2040

Le cancer gastrique (CG) demeure un défi de santé mondial majeur malgré le déclin observé de son incidence et de sa mortalité au cours des dernières décennies. Cependant, l’impact des transitions démographiques, notamment la croissance et le vieillissement de la population, sur le fardeau mondial du CG reste mal élucidé. Cette étude vise à estimer la charge mondiale du CG jusqu’en 2040 en analysant les tendances selon l’âge, le sexe et la région, et à proposer des stratégies pour relever les défis futurs en matière de prévention et de prise en charge.

Introduction

La seconde moitié du XXᵉ siècle a connu des changements démographiques sans précédent. L’amélioration des conditions de vie et des soins de santé a entraîné une baisse marquée de la mortalité et de la fécondité, prolongeant l’espérance de vie et accélérant le vieillissement. Le taux de croissance démographique mondial est passé de 2,3 % dans les années 1960 à 1,1 % en 2020, avec une projection de 9,7 milliards d’habitants d’ici 2050. L’espérance de vie devrait augmenter de 4,4 ans d’ici 2040, atteignant 74,3 ans pour les hommes et 79,7 ans pour les femmes. En 2050, 15,9 % de la population mondiale aura plus de 65 ans, contre 9,3 % en 2020.

Le cancer, pathologie liée à l’âge, voit son âge médian au diagnostic approcher 70 ans dans les pays développés. Environ 70 % des cas surviendront chez des personnes âgées de plus de 65 ans d’ici 2030. Le CG, sixième cancer le plus fréquent et troisième cause de décès par cancer, a causé 1,089 million de nouveaux cas et 0,769 million de décès en 2020. Son diagnostic survient généralement vers 70 ans, avec des facteurs de risque incluant l’infection à Helicobacter pylori, le tabagisme, une alimentation riche en sel et pauvre en fruits/légumes. L’incidence est deux fois plus élevée chez les hommes, avec des variations géographiques marquées en Asie de l’Est, Europe de l’Est, Asie occidentale et Amérique du Sud.

Méthodes

Les données proviennent de GLOBOCAN 2020 et de Cancer Incidence in Five Continents (CI5). Les taux d’incidence et de mortalité ont été projetés jusqu’en 2040 via un modèle de régression linéaire basé sur les tendances récentes. L’étude couvre 185 pays regroupés en 19 régions (classification ONU) et classés par Indice de Développement Humain (IDH). Les projections démographiques (2020-2040) sont issues des World Population Prospects 2022.

L’analyse statistique a calculé les taux bruts et standardisés (population mondiale de Segi) par sexe, âge et région. Les tendances temporelles ont été évaluées via le pourcentage de changement annuel (APC). Le nombre de cas et décès futurs a été estimé en croisant les projections épidémiologiques et démographiques.

Résultats

Tendances démographiques

La population mondiale passera de 7,79 milliards (2020) à 9,19 milliards (2040), avec un vieillissement accéléré. Les jeunes (<40 ans) augmenteront de 4,94 à 5,20 milliards (+5,26 %), les 40-64 ans de 2,13 à 2,66 milliards (+24,88 %), et les ≥65 ans de 0,73 à 1,33 milliard (+82,19 %). La part des jeunes diminuera de 63,35 % à 56,57 %, tandis que celle des seniors passera de 9,34 % à 14,47 %.

La croissance variera régionalement : maximale en Afrique et Asie occidentale, faible voire négative en Europe orientale et Asie de l’Est. Le vieillissement sera prononcé dans les régions à IDH faible et moyen.

Incidence et mortalité

Les taux mondiaux standardisés (ASIR/ASMR) en 2020 étaient de 11,19 et 7,73/100 000, projetés à 9,90 et 6,90/100 000 en 2040 (APC = -0,57 % chez les hommes, -0,65 % chez les femmes). L’Asie de l’Est présentera les taux les plus élevés, l’Amérique du Nord les plus bas.

Malgré la baisse des taux, le nombre absolu de cas et décès augmentera sous l’effet de la démographie. Les nouveaux cas passeront de 1,09 million (2020) à 1,63 million (2040), les décès de 0,77 à 1,18 million. La croissance ralentira : +23,90 % (cas) et +25,11 % (décès) entre 2020-2030, puis +20,87 % et +22,35 % entre 2030-2040.

Variations selon l’âge et le sexe

La proportion de cas chez les jeunes et les 40-64 ans diminuera, tandis que celle des seniors augmentera. Les nouveaux cas chez les <40 ans chuteront de 26 191 (2020) à 19 837 (2040), alors que les ≥65 ans passeront de 641 445 à 1 118 390. La part des seniors atteindra 68,6 % des cas (58,9 % en 2020) et 72,0 % des décès (62,6 %).

Les hommes représenteront près du double des cas/décès. Le ratio homme/femme évoluera comme suit : 1,95 (cas) et 1,96 (décès) en 2020 ; 2,01 et 1,89 en 2030 ; 1,91 et 1,95 en 2040. Les écarts seront plus marqués chez les 40-64 ans.

Variations régionales

L’Asie de l’Est (IDH élevé) restera un foyer majeur, avec 59,85 % des cas et 56,23 % des décès en 2020, atteignant 66,93 % et 64,37 % en 2040. Les régions à IDH élevé porteront 53,89 % des cas et 59,98 % des décès en 2020. L’Afrique centrale enregistrera la plus forte hausse (+95,58 % des cas, +95,86 % des décès), tandis que l’Europe orientale verra une diminution (-4,60 %/-2,07 %).

La structure par âge variera selon l’IDH : dans les régions à IDH très élevé, les seniors représenteront >70 % des cas/décès, contre 20 % chez les 40-64 ans. Dans les régions à IDH élevé, la part des seniors passera de 54,86 % (cas) et 62,43 % (décès) en 2020 à 68,65 % et 75,15 % en 2040.

Impact combiné de la croissance démographique et du vieillissement

La démographie compensera la baisse des taux, entraînant une hausse substantielle des cas/décès. Les nouveaux cas augmenteront de 49,76 % entre 2020-2040, dont 46,87 % attribuable au vieillissement. Les décès progresseront de 53,07 %, avec 50,16 % liés à l’âge.

Discussion

Cette étude souligne l’impact majeur des transitions démographiques sur le fardeau du CG. Malgré le déclin des taux, la croissance et le vieillissement de la population amplifieront le nombre absolu de cas/décès, particulièrement dans les régions à IDH élevé comme l’Asie de l’Est.

Les stratégies de prévention ciblée (dépistage national, éradication d’H. pylori) ont fait leurs preuves au Japon et en Corée du Sud. Leur généralisation dans les régions à risque est cruciale. Les disparités sexuelles et l’accroissement des cas âgés nécessitent des approches adaptées.

Conclusion

En conclusion, la transition démographique annulera la baisse des taux de CG, entraînant une augmentation marquée des cas/décès d’ici 2040. Le fardeau restera concentré en Asie de l’Est et les régions à IDH élevé, exigeant des politiques de prévention renforcées face au vieillissement accéléré.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002626

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