Charge mondiale et tendances de l’incidence et de la mortalité par cancer du poumon

Charge mondiale et tendances de l’incidence et de la mortalité par cancer du poumon

Le cancer du poumon demeure le cancer le plus fréquemment diagnostiqué et la principale cause de décès liés au cancer dans le monde. En 2020, on estimait à 2,2 millions le nombre de nouveaux cas (11,4 % de tous les cas de cancer) et à 1,8 million le nombre de décès attribuables à cette maladie (18,0 % de tous les décès par cancer). La charge du cancer du poumon varie considérablement entre les pays en raison de facteurs de risque divergents tels que la prévalence du tabagisme, la pollution environnementale et les habitudes alimentaires. Alors que les pays développés comme les États-Unis ont observé une baisse de l’incidence grâce à des politiques antitabac efficaces, les pays en développement comme la Chine continuent de faire face à des défis majeurs dans la gestion de cette maladie. Cet article offre une synthèse détaillée des schémas et tendances mondiaux de l’incidence et de la mortalité par cancer du poumon, en mettant l’accent sur les résultats clés d’études récentes.

Incidence et mortalité mondiales du cancer du poumon en 2020

En 2020, les taux bruts d’incidence et de mortalité par cancer du poumon étaient respectivement de 28,3 et 23,0 pour 100 000. Les taux standardisés selon l’âge (TSA) d’incidence (TSAI) et de mortalité (TSAM) s’élevaient à 22,4 et 18,0 pour 100 000. L’Asie représentait plus de la moitié des cas mondiaux (61,9 % des décès), avec un TSAI de 22,9 et un TSAM de 32,7 pour 100 000. L’Europe suivait avec 21,6 % des cas et 21,3 % des décès, affichant les taux les plus élevés (TSAI = 29,4 ; TSAM = 22,6 pour 100 000). L’Afrique présentait les taux les plus bas (TSAI = 6,2 ; TSAM = 5,6 pour 100 000).

Parmi les pays, la Chine comptait le plus grand nombre de cas et de décès (37,0 % et 39,8 %, respectivement), suivie des États-Unis (10,3 % des cas ; 7,7 % des décès) et du Japon (6,3 % des cas ; 4,6 % des décès). Le TSAI variait de 36,8 pour 100 000 au Danemark à 5,3 au Mexique, tandis que le TSAM oscillait entre 32,8 en Pologne et 4,9 au Mexique. Notamment, les TSAI et TSAM étaient environ deux fois plus élevés chez les hommes que chez les femmes.

Tendances temporelles de l’incidence du cancer du poumon

L’analyse des tendances entre 2000 et 2012 a révélé un déclin constant de l’incidence chez les hommes dans plusieurs pays. Le TSAI a diminué significativement en Corée du Sud (VAMP* = -1,2 %), en Australie (VAMP = -1,3 %), au Royaume-Uni (VAMP = -1,5 %), en Chine (VAMP = -2,0 %) et aux États-Unis (VAMP = -2,5 %). Les baisses les plus marquées ont été observées chez les hommes de moins de 40 ans en Corée du Sud (VAMP = -3,4 %) et en Chine (VAMP = -3,2 %), ainsi que dans la tranche d’âge 40-49 ans aux États-Unis (VAMP = -4,1 %) et au Royaume-Uni (VAMP = -2,7 %).

À l’inverse, le TSAI chez les femmes affichait une tendance à la hausse en Australie (VAMP = +1,6 %), au Royaume-Uni (VAMP = +1,4 %) et en Corée du Sud (VAMP = +1,1 %), tandis qu’une baisse était notée aux États-Unis (VAMP = -0,9 %). Les augmentations les plus importantes concernaient les femmes de 80 ans et plus au Royaume-Uni (VAMP = +4,1 %) et celles âgées de 40-49 ans en Corée du Sud (VAMP = +3,2 %). La diminution la plus marquée était observée aux États-Unis (VAMP = -3,6 %).

Association avec l’indice de développement humain (IDH)

Une association significative a été identifiée entre l’IDH et les taux d’incidence et de mortalité. Plus de 90 % des cas et 77,1 % des décès survenaient dans les pays à IDH très élevé ou élevé. À l’inverse, moins de 10 % des cas et décès étaient recensés dans les pays à IDH moyen ou faible. Les TSAI et TSAM étaient trois fois plus élevés dans les pays à IDH très élevé/élevé que dans ceux à IDH moyen/faible. Une régression linéaire a confirmé cette relation statistiquement significative.

Facteurs de risque et implications en santé publique

Le tabagisme reste le principal facteur de risque, impliquant l’exposition active ou passive. Le déclin de l’incidence chez les hommes dans les pays développés est attribué aux politiques antitabac mises en œuvre au milieu du XXe siècle. Toutefois, la prévalence du tabagisme chez les femmes dans ces régions reste élevée, expliquant les tendances stagnantes ou ascendantes.

En Chine, la charge est exacerbée par une population importante et un tabagisme répandu. Le pays consomme environ 40 % du tabac mondial, et 70 % de la population est exposée à la fumée secondaire, entraînant 60 000 décès annuels. Bien que la Chine ait signé la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac en 2003, les efforts restent insuffisants.

La pollution atmosphérique, notamment les particules fines (PM2,5), est un autre facteur majeur. Le CIRC a classé la pollution de l’air extérieur comme cancérigène en 2013. En Chine, l’industrialisation rapide a aggravé ce risque, incitant le gouvernement à réduire les niveaux de PM2,5 et à viser la neutralité carbone d’ici 2060.

La pollution de l’air intérieur (fumées domestiques) contribue également au risque, en particulier chez les femmes non-fumeuses en Asie de l’Est, expliquant l’incidence élevée chez les femmes de 40-59 ans en Chine et en Corée du Sud.

Dépistage précoce et traitement

Le dépistage par tomodensitométrie (TDM) à faible dose réduit la mortalité. Des études en Europe et aux États-Unis montrent que le dépistage des populations à risque permet un diagnostic précoce. Des guidelines internationaux recommandent son utilisation pour les personnes exposées au tabac, au radon, ou ayant des antécédents familiaux.

Cependant, le taux de survie à 5 ans en Chine reste faible (19,8 % en 2010 contre 32,9 % au Japon). Les progrès thérapeutiques, notamment les thérapies ciblées (ex. : inhibiteurs de l’EGFR-TKIs pour les mutations EGFR), ont amélioré la survie. L’immunothérapie offre également de nouvelles perspectives pour les carcinomes épidermoïdes et à petites cellules.

Conclusion

La charge mondiale du cancer du poumon demeure préoccupante, avec des disparités géographiques marquées. Les pays développés observent un déclin chez les hommes, mais une hausse chez les femmes. Les pays en développement, comme la Chine, luttent contre des défis multifactoriels. Pour réduire cette charge, une approche intégrée est nécessaire : contrôle du tabac, réduction de la pollution, dépistage précoce et accès aux traitements innovants.

*VAMP : Variation annuelle moyenne en pourcentage
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002529

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