Caractéristiques du microbiote intestinal déterminant les effets de souches probiotiques spécifiques chez les patients atteints de constipation fonctionnelle

Caractéristiques du microbiote intestinal déterminant les effets de souches probiotiques spécifiques chez les patients atteints de constipation fonctionnelle

La constipation fonctionnelle (CF) est un trouble gastro-intestinal fréquent caractérisé par des selles peu fréquentes, des difficultés de défécation et des selles dures. Les probiotiques constituent une option thérapeutique prometteuse pour la CF, mais les facteurs influençant les réponses individuelles restent mal élucidés. Des données récentes suggèrent un lien fort entre le microbiote intestinal, la constipation et l’axe intestin-cerveau. Le microbiote intestinal pourrait moduler les fonctions digestives via des métabolites ou en stimulant la libération d’hormones intestinales comme le peptide YY, le polypeptide inhibiteur gastrique et la 5-hydroxytryptamine. Ces hormones affectent à leur tour la sécrétion, la motilité et la sensibilité intestinale via leurs récepteurs situés sur les cellules épithéliales, entériques et musculaires lisses. Malgré ces observations, l’utilisation de probiotiques exogènes chez les patients constipés donne des résultats incohérents. Cette étude visait à évaluer l’efficacité et la sécurité de souches probiotiques spécifiques contre la constipation et à explorer les raisons potentiellement responsables des effets individualisés des probiotiques, afin d’optimiser les décisions thérapeutiques pour la CF.

Cette étude rétrospective en vie réelle, approuvée par le Comité d’éthique chinois pour l’enregistrement des essais cliniques et enregistrée auprès du registre chinois des essais cliniques, a inclus des patients diagnostiqués avec une CF selon les critères de Rome IV par un gastro-entérologue de l’hôpital Xijing entre juillet 2018 et novembre 2020. Les critères d’exclusion comprenaient le syndrome de l’intestin irritable, les obstructions mécaniques, le mégarectum/mégacôlon, les constipations secondaires, les maladies systémiques, les hospitalisations récentes pour chirurgie abdominale, et les antécédents de cancer gastro-intestinal. Les patients ayant reçu un probiotique multi-souches (Lacticaseibacillus paracasei Zhang, Bifidobacterium animalis subsp. lactis V9, Lactiplantibacillus plantarum P-8) ont été évalués via les scores KESS (Knowles Eccersley Scott Symptom) et BSFS (Bristol Stool Form Scale), puis classés en répondeurs et non-répondeurs selon l’amélioration symptomatique. Les facteurs potentiels influençant l’efficacité (sexe, âge, durée de la constipation, IMC, type de constipation, diabète/intolérance au glucose) ont été analysés.

Le séquençage métagénomique des selles (plateforme BGISEQ500) a été annoté via HUMAnN2.0 et aligné sur la base de données ChocoPhIAn avec Bowtie2. L’abondance des espèces a été calculée via MetaPhIAn2. Les données brutes sont accessibles sur NCBI (PRJNA913982). Les analyses statistiques (IBM SPSS) ont utilisé le test de Mann-Whitney ou le chi², avec une significativité fixée à p < 0,05.

Sur 104 patients inclus (19 constipation à transit lent [CTL], 29 dysfonction ano-rectale [DAR], 56 constipation mixte [CM]), l’efficacité globale des probiotiques était de 54,8%, sans différence significative entre les sous-types de constipation. Aucune divergence baseline n’a été observée entre répondeurs et non-répondeurs concernant les symptômes, le sexe, l’âge, la durée de la constipation, l’IMC ou le diabète. Cependant, les répondeurs ont montré une amélioration marquée des symptômes et des selles après 4 semaines.

L’analyse métagénomique de 70 échantillons (26 patients : 18 répondeurs, 8 non-répondeurs) n’a pas révélé de différence baseline dans la composition microbienne (PCoA). Toutefois, les indices de diversité Shannon et S étaient plus élevés chez les non-répondeurs. Aucune différence d’abondance phylogénétique n’a été observée. Après 4 semaines, Eggerthella unclassified, Bifidobacterium pseudocatenulatum et 13 autres espèces ont divergé entre les groupes. L’abondance de Bacteroides nordii et Streptococcus infantis était corrélée positivement aux scores KESS. Le réseau de co-occurrence microbienne était plus complexe chez les non-répondeurs, restant stable malgré l’intervention, suggérant un microenvironnement résilient.

L’efficacité des probiotiques multi-souches (54,8%) concorde avec les études antérieures. L’abondance de Bacteroides nordii et Streptococcus infantis, potentiellement impliqués dans la persistance des symptômes, mérite une exploration approfondie. La complexité du réseau microbien chez les non-répondeurs, généralement associée à un écosystème sain, pourrait refléter la présence de bactéries pathogènes ou inflammatoires.

En conclusion, ces probiotiques atténuent efficacement la CF. Un réseau de co-occurrence complexe et une abondance élevée de Bacteroides nordii/Streptococcus infantis pourraient prédire une non-réponse. Ces résultats éclairent les mécanismes sous-jacents et pourraient guider les décisions cliniques.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002826

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