Caractéristiques du microbiote intestinal chez les patients atteints d’anorexie mentale

Caractéristiques du microbiote intestinal chez les patients atteints d’anorexie mentale

L’anorexie mentale (AM) est un trouble psychologique complexe caractérisé par une distorsion de l’image corporelle, une restriction alimentaire sévère et un faible poids corporel. Des recherches récentes suggèrent que les mécanismes physiopathologiques sous-jacents pourraient être associés à une dysbiose du microbiote intestinal. Cette étude vise à explorer les caractéristiques du microbiote intestinal chez les patients atteints d’AM, fournissant des insights sur sa pathogenèse et des cibles thérapeutiques potentielles.

Méthodes
L’étude a inclus 30 patients atteints d’AM recrutés des hôpitaux universitaires de Pékin (troisième et sixième hôpitaux de l’Université de Pékin) et 30 témoins sains (TS) issus d’un collège et d’une université de Pékin. Les données démographiques, les scores de l’échelle de dépression de Hamilton (HAMD) et la durée d’hospitalisation des patients AM ont été enregistrés. La composition du microbiote intestinal a été analysée par séquençage du gène de l’ARN ribosomal 16S (ARNr 16S) sur des échantillons de selles.

Analyse des indicateurs cliniques
Le poids et l’indice de masse corporelle (IMC) des patients AM étaient significativement inférieurs à ceux des TS : poids moyen de 39,31 kg (AM) contre 56,47 kg (TS) et IMC moyen de 14,92 kg/m² (AM) contre 20,89 kg/m² (TS). Les scores HAMD étaient significativement plus élevés dans le groupe AM, reflétant des symptômes dépressifs plus marqués, bien qu’aucun groupe ne présente de dépression sévère. La durée médiane d’hospitalisation des patients AM était de 46 jours (extrêmes : 17–58 jours).

Composition du microbiote intestinal
Un total de 3 288 947 séquences a été obtenu à partir des 60 échantillons, avec une moyenne de 54 816 séquences par échantillon. L’analyse a identifié 11 phyla, 22 classes, 51 ordres, 99 familles, 257 genres, 504 espèces et 820 unités taxonomiques opérationnelles (OTU). Les TS présentaient 683 OTU contre 649 OTU pour les patients AM.

Diversité alpha et bêta
Aucune différence significative de diversité alpha (indices Sobs, Chao, Ace, Shannon, Simpson) n’a été observée entre les groupes. En revanche, l’analyse de diversité bêta a révélé des compositions microbiennes distinctes. Les analyses PCoA (coordonnées principales) et PLS-DA (discrimination par moindres carrés partiels) ont confirmé ces différences, avec une variance significative expliquée par les distances UniFrac pondérées et non pondérées.

Composition et différences microbiennes
Les phyla dominants dans les deux groupes étaient Firmicutes, Actinobacteriota, Bacteroidota et Proteobacteria. Dans le groupe AM, la proportion de Lachnospiraceae était significativement plus élevée (40,50 % vs 31,21 % chez les TS), tandis que Ruminococcaceae était réduite (12,17 % vs 19,15 %). Au niveau générique, Faecalibacterium et Subdoligranulum étaient significativement diminués chez les patients AM (3,97 % vs 9,40 % et 4,60 % vs 7,02 %), tandis que Eubacterium_hallii_group était accru (7,63 % vs 3,43 %).

Analyse LEfSe
L’analyse LEfSe a identifié des taxons discriminants : les TS présentaient une abondance d’Oscillospirales, Ruminococcaceae et Faecalibacterium, tandis que les patients AM montraient une prédominance de Lachnospirales, Lachnospiraceae et Eubacterium_hallii_group.

Analyse fonctionnelle du microbiote
La prédiction fonctionnelle (via PICRUSt) a indiqué une augmentation des fonctions liées au transport et au métabolisme des nutriments dans le groupe AM, notamment le métabolisme des glucides, des acides aminés, la transcription, et les mécanismes de réplication et réparation de l’ADN.

Corrélations clinico-microbiennes
Chez les patients AM, le poids et l’IMC étaient corrélés négativement à l’abondance de Bacteroidota et Bacteroides, mais positivement à Subdoligranulum. L’IMC était corrélé positivement à Firmicutes, et les scores HAMD étaient corrélés négativement à Faecalibacterium. Chez les TS, Bacteroidota était légèrement corrélé au poids et à l’IMC, et Proteobacteria était négativement corrélé à la taille.

Discussion
Les patients AM présentent un microbiote intestinal altéré, avec une réduction de la richesse microbienne et des modifications de composition, notamment une augmentation de Lachnospiraceae (impliquée dans l’absorption énergétique) et une diminution de Ruminococcaceae et Faecalibacterium (anti-inflammatoires). L’abondance d’Eubacterium_hallii_group pourrait refléter une adaptation au déficit nutritionnel. Les fonctions métaboliques accrues suggèrent une optimisation de l’utilisation des nutriments en état de malnutrition.

Limites
L’étude transversale et le recrutement de patients hospitalisés (symptômes sévères) limitent la généralisation des résultats. Des études futures devraient intégrer des analyses métagénomiques et des cohortes élargies.

Conclusion
Les altérations du microbiote intestinal chez les patients AM soulignent son rôle potentiel dans la pathogenèse de ce trouble, ouvrant des pistes pour des interventions ciblées.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002362

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