Caractéristiques de l’allergie au lait de vache et de la sensibilisation chez les patients chinois

Caractéristiques de l’allergie au lait de vache et de la sensibilisation chez les patients chinois

L’allergie au lait de vache (ALV) est l’une des allergies alimentaires les plus courantes chez les nourrissons et les enfants à travers le monde. La prévalence des allergies alimentaires chez les enfants est estimée entre 4 % et 10 % à l’échelle mondiale. En Europe, l’incidence de l’ALV confirmée par test de provocation est de 0,54 %, tandis qu’aux États-Unis, la prévalence globale est de 0,4 %, avec une prévalence pédiatrique de 1,9 %. En Chine, la prévalence de l’ALV confirmée par test de provocation orale (TPO) varie de 0,83 % à 3,5 % selon les villes. Malgré son importance, le test de provocation en double aveugle contre placebo, considéré comme la référence pour le diagnostic de l’ALV, n’est pas largement utilisé en pratique clinique en raison de sa complexité et du risque d’anaphylaxie. À la place, les IgE spécifiques d’allergènes (sIgE) sont couramment employées comme méthode d’évaluation critique des allergies alimentaires.

En Chine, les études sur l’ALV basées sur les antécédents médicaux, les sIgE sériques spécifiques au lait de vache, les sIgE composants et le suivi à long terme de la rémission de l’ALV sont limitées. Cette étude visait à combler cette lacune en analysant les caractéristiques de l’ALV et de la sensibilisation chez les patients chinois. La recherche a été menée au Centre Clinique d’Allergologie Tertiaire de l’Hôpital de l’Union Médicale de Pékin, impliquant des patients atteints de maladies allergiques suivis sur une décennie.

Conception et méthodologie de l’étude

L’étude a inclus des patients âgés de 0 à 70 ans référés au Centre Clinique d’Allergologie Tertiaire en 2011. Ces patients avaient été diagnostiqués avec des maladies allergiques, notamment la rhinite allergique (RA), l’asthme allergique, l’allergie alimentaire, la dermatite atopique (DA), l’allergie médicamenteuse et l’anaphylaxie, par des allergologues expérimentés. En 2021, ces patients ont rempli un questionnaire de suivi, fournissant des informations détaillées sur les données démographiques, le diagnostic, les niveaux de sIgE et les sIgE composants du lait.

L’ALV a été définie comme une réaction convaincante à l’ingestion de lait de vache, caractérisée par des symptômes tels que l’urticaire, l’angioedème, des difficultés respiratoires, une respiration sifflante, une sensation d’oppression dans la gorge, des vomissements ou un choc dans les deux heures suivant la consommation. De plus, une poussée de DA associée à l’ingestion de lait de vache et une sensibilisation au lait (niveau de sIgE ≥ 0,35 kUA/L) ont également été considérées comme indicatives d’ALV. La résolution de l’ALV a été définie par l’introduction réussie à domicile de produits laitiers non cuits, tels que le lait, le yaourt ou la glace.

L’étude a analysé les niveaux de sIgE sériques pour le lait de vache (f2) et ses composants, notamment f76 nBos d 4a-lactalbumine, f77 nBos d 5b-lactoglobuline, f78 nBos d 8Caséine et e204 nBos d 6albumine sérique bovine (BSA). Les patients avec des valeurs de sIgE pour le lait de vache ≥ 0,1 kUA/L ont été considérés comme ayant une suspicion de sensibilisation au lait et ont été inclus dans le suivi. Le seuil de 0,1 kUA/L a été choisi pour minimiser les diagnostics manqués.

Principaux résultats

Parmi les 709 patients atteints de maladies allergiques, 50 patients (7,1 %) avaient des niveaux de sIgE pour le lait de vache > 0,35 kUA/L, et 158 patients (22,3 %) avaient des niveaux ≥ 0,1 kUA/L. Parmi ces 158 patients, 109 ont rempli le questionnaire de suivi en 2021. L’âge médian de ces patients était de 14,0 ans, avec 64 hommes (58,7 %). Cinq patients (4,6 %) ont été diagnostiqués avec une ALV, dont quatre avaient des antécédents de réactions aiguës au lait, y compris un cas d’anaphylaxie, et un répondait aux critères de DA pour l’ALV.

Les patients atteints d’ALV étaient significativement plus jeunes (âge médian de 3,0 ans) par rapport aux patients sensibilisés au lait sans symptômes (âge médian de 16,0 ans). De plus, une proportion plus élevée de patients atteints d’ALV (80,0 %) avaient une DA par rapport à ceux sans symptômes (16,3 %). L’étude a également révélé que les niveaux de sIgE pour le lait de vache (f2) étaient significativement plus élevés chez les patients atteints d’ALV (médiane de 1,04 kUA/L) que chez les patients sensibilisés au lait sans symptômes (médiane de 0,20 kUA/L). De même, les niveaux de f77 nBos d 5b-lactoglobuline étaient plus élevés chez les patients atteints d’ALV (médiane de 0,48 kUA/L) par rapport à ceux sans symptômes (médiane de 0,09 kUA/L).

En considérant les niveaux de sIgE ≥ 0,35 kUA/L comme positifs, le taux de positivité des sIgE f2 était de 100,0 % chez les patients atteints d’ALV, significativement plus élevé que chez les patients sensibilisés au lait sans symptômes (29,8 %). Les taux de positivité de f77 nBos d 5b-lactoglobuline (80,0 % vs 11,5 %) et e204 nBos d 6BSA (40,0 % vs 8,7 %) étaient également significativement plus élevés chez les patients atteints d’ALV.

L’analyse de régression logistique a identifié la DA comme un facteur de risque potentiel pour l’ALV, avec un rapport de cotes de 46,146. Cette observation est cohérente avec des études antérieures suggérant que les jeunes enfants atteints de DA sont plus susceptibles de développer des allergies alimentaires.

Suivi à long terme et résolution naturelle

L’étude a suivi les patients 10 ans après leur visite initiale. Les cinq patients atteints d’ALV ont connu une résolution naturelle, avec un âge moyen de résolution de 7,0 ans. À 4 ans, 20 % des patients avaient résolu leur ALV, tandis que 80 % avaient résolu leur ALV à 6 ans. À 13 ans, tous les patients avaient atteint la résolution et pouvaient consommer du lait sans symptômes.

Ce résultat est cohérent avec d’autres études sur l’histoire naturelle de l’ALV. Par exemple, une étude en Corée a montré que la moitié des enfants atteints d’ALV avaient atteint une résolution naturelle à un âge médian de 8,7 ans. De même, l’étude HealthNuts en Australie a rapporté une diminution de la prévalence des allergies alimentaires de 11 % à 1 an à 3,8 % à 4 ans.

Limites et orientations futures

Cette étude présente plusieurs limites. Premièrement, elle a été menée dans un seul centre, ce qui peut limiter la généralisabilité des résultats. Deuxièmement, la taille de l’échantillon de patients atteints d’ALV était relativement petite, ce qui pourrait introduire un biais et limiter la représentativité des résultats. Les études futures devraient viser à inclure une population plus large et plus diversifiée pour valider ces résultats.

De plus, l’étude s’est appuyée sur les niveaux de sIgE et les symptômes rapportés par les patients pour diagnostiquer l’ALV, ce qui peut ne pas être aussi précis que le TPO. Les recherches futures devraient envisager d’incorporer le TPO ou d’autres méthodes diagnostiques pour améliorer la précision du diagnostic de l’ALV.

Conclusion

Cette étude fournit des informations précieuses sur les caractéristiques de l’ALV et de la sensibilisation chez les patients chinois. Parmi les patients sensibilisés au lait, 4,6 % avaient une ALV, avec un risque plus élevé chez les patients plus jeunes et ceux atteints de DA. Les niveaux de sIgE pour le lait de vache et la b-lactoglobuline étaient significativement plus élevés chez les patients atteints d’ALV, suggérant leur valeur diagnostique potentielle. Le suivi à long terme a révélé un taux de résolution naturelle de 80 % à 6 ans, soulignant la nature transitoire de l’ALV chez de nombreux enfants.

Ces résultats soulignent l’importance d’un diagnostic précoce et d’une surveillance de l’ALV, en particulier chez les jeunes enfants atteints de DA. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour explorer les mécanismes sous-jacents de l’ALV et développer des stratégies de diagnostic et de gestion plus efficaces.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002152

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