Caractéristiques cliniques de 1327 patients atteints de la maladie à coronavirus 2019 dans le plus grand hôpital abri Fangcang de Wuhan
La propagation rapide à l’échelle mondiale de la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19), causée par le syndrome respiratoire aigu sévère coronavirus 2 (SARS-CoV-2), a nécessité des approches innovantes pour gérer le nombre écrasant de cas. Les hôpitaux abris Fangcang, une stratégie unique chinoise, ont été établis pour isoler et traiter les patients atteints de COVID-19 légère à modérée, réduisant ainsi la transmission communautaire et allégeant la pression sur les établissements de santé traditionnels. Cette étude analyse de manière exhaustive les caractéristiques cliniques de 1 327 patients admis à l’hôpital abri Fangcang de Jianghan, la plus grande structure de ce type à Wuhan, en Chine, pendant la phase initiale de la pandémie.
Conception et méthodologie de l’étude
Menée entre le 5 février et le 9 mars 2020, cette étude rétrospective a inclus des patients diagnostiqués avec une COVID-19 asymptomatique, légère ou modérée. Le diagnostic a été confirmé par des tests de transcription inverse suivie d’une amplification en chaîne par polymérase (RT-PCR) en temps réel ciblant les gènes ORF1ab et de la nucléocapside (N) du SARS-CoV-2. Les échantillons de prélèvements de gorge ont été traités dans des conditions standardisées : 50°C pendant 15 minutes, 95°C pendant 5 minutes, suivis de 40 cycles de 94°C pendant 15 secondes et 55°C pendant 45 secondes. L’approbation éthique a été obtenue du comité d’éthique de l’hôpital Union, avec une dispense de consentement éclairé en raison de la nature rétrospective de l’étude.
Les données cliniques, y compris les données démographiques, les comorbidités, les symptômes, les résultats de laboratoire et les résultats de la tomodensitométrie thoracique (TDM), ont été systématiquement collectées. Les évaluations de suivi ont eu lieu 2 à 4 semaines après la sortie. Les analyses statistiques ont utilisé SPSS 23.0, avec les variables continues exprimées en médianes (intervalles interquartiles, IQR) et les variables catégorielles en pourcentages. Les tests de Mann-Whitney U et de χ²/exact de Fisher ont comparé les groupes, avec une signification fixée à P < 0,05.
Profils démographiques et de comorbidités
L’âge médian de la cohorte était de 50 ans (IQR : 40–57), avec une légère prédominance féminine (55,7 %, 739/1 327). Le tabagisme actif était rare (3,1 %, 37/1 182). L’hypertension (14,1 %, 167/1 182), le diabète (5,2 %, 62/1 182) et la maladie coronarienne (1,9 %, 23/1 182) étaient les comorbidités les plus fréquentes. Ces résultats reflètent les facteurs de risque de la population générale, soulignant le rôle des conditions préexistantes dans la susceptibilité à la COVID-19.
Symptomatologie et présentation clinique
La fièvre (59,6 %, 703/1 180) était le symptôme initial le plus fréquent, suivie de la toux (29,9 %, 353/1 180), de la fatigue (28,8 %, 340/1 180) et des myalgies/arthralgies (14,5 %, 171/1 180). Les symptômes gastro-intestinaux comprenaient la diarrhée (8,7 %, 103/1 180), l’anorexie (6,5 %, 77/1 180) et les nausées/vomissements (3,5 %, 41/1 180). Notamment, six patients présentaient une anosmie (perte de l’odorat) sans congestion nasale, dont quatre avaient également de la fièvre. Cette combinaison de symptômes distincts peut aider à différencier la COVID-19 des autres infections respiratoires.
Lors du suivi, la sensation d’oppression thoracique ou la douleur (9,4 %, 98/1 042) était le symptôme le plus persistant, mettant en évidence un inconfort respiratoire prolongé même après la guérison clinique.
Résultats de laboratoire et radiologiques
À l’admission, les anomalies hématologiques étaient rares : leucopénie (1,6 %, 20/1 257), lymphocytopénie (3,8 %, 48/1 257) et thrombocytopénie (1,4 %, 17/1 257). Une élévation de la protéine C-réactive (CRP), un marqueur de l’inflammation, a été observée chez 9,2 % (114/1 237) des patients.
Les scanners thoraciques au début de la maladie ont principalement révélé des opacités en verre dépoli (71,0 %, 686/966), avec moins de cas d’ombres patchées (22,0 %, 212/966) et de consolidation (1,0 %, 10/966). À la sortie, 95,5 % (1 241/1 300) des patients ont montré une amélioration radiographique significative, tandis qu’un seul patient a présenté une progression de la maladie.
Patients symptomatiques vs asymptomatiques
L’analyse comparative de 1 119 patients symptomatiques et 66 patients asymptomatiques a révélé des marqueurs biologiques distincts. Les individus symptomatiques avaient des niveaux de CRP plus élevés (0,90 [0,37, 2,16] mg/L vs 0,65 [0,20, 1,26] mg/L ; P = 0,011) et des comptes lymphocytaires plus faibles (1,85 [1,54, 2,25] × 10⁹/L vs 2,01 [1,70, 2,28] × 10⁹/L ; P = 0,031). Les indices des globules rouges différaient également : les patients asymptomatiques présentaient un volume corpusculaire moyen (VCM : 91,20 vs 89,80 fL ; P = 0,044) et une teneur corpusculaire moyenne en hémoglobine (TCMH : 30,40 vs 29,90 pg ; P = 0,023) plus élevés, suggérant une meilleure capacité de transport de l’oxygène.
Malgré ces différences de laboratoire, les anomalies à la TDM ne montraient pas de variation significative entre les groupes. Les opacités en verre dépoli affectaient 70,8 % des patients symptomatiques contre 70,0 % des patients asymptomatiques (P = 0,882), tandis que les ombres patchées survenaient chez 22,3 % contre 25,6 % (P = 0,612). La consolidation était absente chez les patients asymptomatiques mais présente chez 1,1 % des cas symptomatiques (P = 1,000). Ces résultats indiquent que les caractéristiques radiographiques seules ne peuvent pas distinguer de manière fiable les infections symptomatiques des infections asymptomatiques dans les cas non graves.
Implications cliniques et discussion
La prédominance de la fièvre et de l’anosmie comme premiers symptômes a une signification diagnostique. L’anosmie sans congestion nasale, en particulier lorsqu’elle est accompagnée de fièvre, semble plus spécifique à la COVID-19 qu’à la grippe ou au rhume. Ce déficit sensoriel, probablement dû à l’invasion virale des neurones olfactifs ou des cellules sustentaculaires, justifie son inclusion dans les protocoles de dépistage.
L’association entre une CRP élevée, une lymphocytopénie et la gravité des symptômes correspond aux études précédentes liant ces marqueurs à un mauvais pronostic. L’épuisement des lymphocytes reflète les effets cytopathiques directs du SARS-CoV-2 ou la destruction médiée par les cytokines, tandis que l’élévation de la CRP indique une inflammation systémique. Inversement, les comptes lymphocytaires préservés et une CRP plus faible chez les patients asymptomatiques suggèrent un contrôle immunitaire efficace du virus.
La dissociation entre les symptômes cliniques et les résultats de la TDM remet en question la dépendance à l’imagerie seule pour la surveillance de la maladie dans les cas légers à modérés. Les opacités en verre dépoli, bien que fréquentes, ne corrélaient pas avec la gravité des symptômes, impliquant que la résolution radiographique (atteinte chez 95,5 % des patients) peut précéder la guérison clinique complète.
Limites et orientations futures
La conception rétrospective de cette étude a limité l’exhaustivité des données, en particulier pour le suivi longitudinal des symptômes. L’accent unique sur l’hôpital abri Fangcang de Jianghan, bien qu’il fournisse des données granulaires de l’épicentre de la pandémie, nécessite une validation par des études multicentriques. De plus, l’absence de quantification de la charge virale a empêché l’analyse des corrélations virologiques-immunologiques.
Conclusion
Dans la plus grande cohorte d’un hôpital abri Fangcang à ce jour, la fièvre et l’anosmie isolée sont apparues comme des indices diagnostiques clés pour la COVID-19. Les marqueurs de laboratoire comme la CRP et les comptes lymphocytaires ont démontré une valeur pronostique, tandis que les résultats de la TDM se sont avérés moins discriminants dans les cas non critiques. Ces informations affinent les stratégies de gestion clinique pour la COVID-19 légère à modérée, mettant l’accent sur la surveillance des symptômes plutôt que sur l’imagerie de routine dans les contextes à ressources limitées.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001194