Caractéristiques clinicopathologiques et pronostiques des patientes très jeunes (≤35 ans) atteintes d’un cancer du sein : Une étude rétrospective basée sur la population en Chine
Le cancer du sein représente un problème de santé majeur à l’échelle mondiale, avec une incidence croissante chez les femmes jeunes, reconnue comme une entité clinique distincte. En Chine, les patientes très jeunes (≤35 ans) constituent environ 10 % des cas de cancer du sein, contrastant avec les 2 % observés dans les pays occidentaux. Cette divergence suggère l’influence de facteurs géographiques et ethniques sur la morbidité, les caractéristiques clinicopathologiques et les pronostics. Cette étude vise à analyser ces aspects chez les patientes chinoises très jeunes, mettant en lumière les défis spécifiques à cette population.
Méthodes
Les données proviennent de la base de données sur le cancer du sein de l’Université Jiao Tong de Shanghai, incluant des patientes traitées chirurgicalement pour un cancer de stade I–III entre 2010 et 2017. Sur 17 599 patientes identifiées, 3 443 femmes préménopausées ≤50 ans avec des données complètes sur les récepteurs aux œstrogènes (RE), à la progestérone (RP), le statut HER2 et la survie ont été incluses. Les patientes ont été stratifiées en trois groupes d’âge : ≤35 ans, 36–39 ans (groupe de référence) et 40–50 ans. L’expression des protéines RE, RP, Ki67 et HER2 a été évaluée par immunohistochimie. Les sous-types moléculaires ont été classés selon les critères du consensus de St. Gallen.
Résultats
Les patientes ≤35 ans (13,5 % de la cohorte) présentaient un grade histologique III plus fréquent, une expression réduite des RE/RP, des niveaux élevés de Ki67 (>14 %) et une prédominance des sous-types Luminal B (HER2– et HER2+). Après un suivi médian de 54,6 mois, les patientes ≤35 ans ont montré des survies inférieures à celles des groupes plus âgés. Les taux de survie sans maladie à 5 ans (DFS1) étaient de 85,4 % (≤35 ans) contre 93,8 % (36–39 ans) et 93,1 % (40–50 ans). Le risque de progression tumorale était 1,846 fois plus élevé chez les patientes très jeunes. La survie globale à 5 ans (OS) était de 95,7 % pour les ≤35 ans contre 98,9 % (36–39 ans) et 98,0 % (40–50 ans), avec un risque de décès 3,205 fois supérieur.
Les sous-types Luminal B (HER2+ et HER2–) étaient associés à un pronostic plus défavorable chez les patientes ≤35 ans. Pour le sous-type Luminal B (HER2+), les taux d’OS et de survie spécifique au cancer du sein (BCSS) à 5 ans étaient inférieurs chez les très jeunes. Pour le sous-type Luminal B (HER2–), ces patientes présentaient un risque accru de récidive et de décès.
Discussion
Les patientes très jeunes en Chine présentent plus fréquemment une maladie avancée, un grade élevé et une prolifération cellulaire accrue (Ki67 élevé), avec une prédominance de tumeurs Luminal B. Ces caractéristiques expliquent en partie leur pronostic moins favorable comparé aux groupes plus âgés. Plusieurs études antérieures ont identifié le jeune âge comme un facteur de risque indépendant de survie réduite, notamment dans les populations asiatiques. La résistance au tamoxifène dans les sous-types Luminal B pourrait contribuer à ces résultats, bien que des essais aient montré un bénéfice de la suppression ovarienne combinée à l’exémestane ou au tamoxifène pour ces patientes.
L’interaction complexe entre les voies de signalisation des récepteurs hormonaux et HER2 dans les tumeurs Luminal B (HER2+) nécessite des approches thérapeutiques intensifiées, comme le double blocage HER2 (trastuzumab + pertuzumab), qui a démontré une amélioration de la survie sans maladie invasive dans l’essai APHINITY. Cependant, dans cette étude, seule l’utilisation de trastuzumab était documentée, reflétant les pratiques avant 2017.
Limites
L’étude présente des limites, notamment une population ethniquement homogène, réduisant la généralisation des résultats. L’absence de détails sur les régimes de chimiothérapie, l’aménorrhée chimio-induite et l’utilisation de la suppression ovarienne peut introduire des biais résiduels.
Conclusion
Les cancers du sein chez les patientes très jeunes en Chine se caractérisent par une maladie agressive, principalement de sous-type Luminal B, associée à un pronostic défavorable. Ces résultats soulignent la nécessité de stratégies thérapeutiques personnalisées, en particulier pour les sous-types Luminal B, intégrant des approches ciblées et une suppression ovarienne.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002635