Caractéristiques clinicopathologiques, aspects endoscopiques et analyse thérapeutique des néoplasies neuroendocrines gastriques
Les néoplasies neuroendocrines gastriques (gNENs) constituent un groupe de tumeurs hétérogènes dérivées de différentes cellules neuroendocrines de l’estomac. Bien qu’elles ne représentent que 0,3 % à 1,8 % des tumeurs malignes gastriques, leur importance clinique est de plus en plus reconnue. Cependant, les données de recherche sur les gNENs chez les patients chinois restent rares, soulignant la nécessité d’améliorer la prise en charge de cette pathologie. Cet article propose une analyse exhaustive des caractéristiques clinicopathologiques, des aspects endoscopiques et des stratégies thérapeutiques des gNENs, basée sur une étude rétrospective menée à l’hôpital universitaire de l’Union médicale de Pékin.
Conception de l’étude et caractéristiques des patients
L’étude a inclus 45 patients diagnostiqués avec des gNENs par endoscopie et biopsie pathologique entre novembre 2015 et octobre 2021. Les informations générales, les manifestations endoscopiques, les caractéristiques histologiques et les modalités thérapeutiques ont été analysées. Le suivi a duré du diagnostic initial jusqu’au dernier contrôle. L’étude a été approuvée par le comité d’éthique de l’hôpital, avec consentement éclairé de tous les participants.
L’âge moyen des patients était de 53 ± 11 ans (extrêmes : 29–73 ans), avec 15 hommes (33,3 %) et 30 femmes (66,7 %), soit un ratio de 0,5:1,0. Les symptômes les plus fréquents étaient les ballonnements (26,7 %), les douleurs abdominales (20,0 %), les brûlures d’estomac (11,1 %) et la fatigue (8,9 %).
Aspects endoscopiques
L’endoscopie a révélé des nodules ou polypes multiples chez 66,7 % des patients, de taille moyenne 0,6 cm (0,2–1,2 cm). Des lésions ulcéro-proéminentes uniques (1,5–2,5 cm) ont été observées chez 6,7 % des cas. Une atrophie muqueuse (amincissement, aspect blanchâtre, visibilité vasculaire sous-muqueuse) a été notée chez 73,3 % des patients.
Caractéristiques histologiques et classification
Selon les recommandations de l’European Neuroendocrine Tumor Society (ENETS), les gNENs se répartissent en trois types :
- Type I/II : associés à une hypergastrinémie (cellules ECL).
- Type III : sporadiques, sans anomalie muqueuse sous-jacente.
Le grade tumoral reposait sur l’index Ki-67 : G1 (Ki-67 <3 %), G2 (3–20 %), G3 (>20 %).
Dans cette cohorte :
- Répartition : Type I (86,7 %), Type II (6,7 %), Type III (6,7 %).
- Grades : G1 (75,6 %), G2 (22,2 %), G3 (2,2 %).
L’immunohistochimie a montré une positivité pour :
- Chromogranine A (CgA) : 97,8 %.
- Synaptophysine (Syn) : 97,8 %.
- CD56 : 75,6 %.
Association avec la gastrite atrophique
Une gastrite atrophique (auto-immune ou non) a été diagnostiquée chez 73,3 % des patients, avec à l’histologie une métaplasie intestinale et une réduction des glandes oxyntiques. Parmi eux, 97,0 % avaient des gNENs de Type I et 3,0 % de Type II.
Stratégies thérapeutiques
Traitement endoscopique
La dissection sous-muqueuse endoscopique (DSE) a été réalisée chez 44,4 % des patients, avec des marges de résection saines dans tous les cas. Après 27 mois de suivi médian, le taux de survie était de 100 %, malgré une récidive locale chez 10,0 % des cas. La DSE s’est avérée plus efficace et sécuritaire que la mucosectomie endoscopique (EMR).
Traitement par analogues de la somatostatine
Des analogues de la somatostatine (octréotide, 20 mg/4 semaines) ont été administrés à 42,2 % des patients avec gNENs multifocaux (≥6 lésions) de Type I. Après 20 mois de suivi médian :
- Réduction de la gastrinémie moyenne : 1584 → 532 pg/mL.
- Aucune progression tumorale ni effet indésirable significatif.
Traitement chirurgical
La chirurgie a été réservée aux Types II et III. Pour le Type II (associé à des gastrinomes ou MEN-1), une résection tumorale a permis de contrôler l’hypergastrinémie. Pour le Type III, une exérèse étendue avec lymphadénectomie a été effectuée. Le taux de survie postopératoire était de 83,3 %, un décès étant survenu par métastases hépatiques et ganglionnaires.
Discussion
Le diagnostic des gNENs repose sur l’endoscopie et l’immunohistochimie (CgA, Syn). Leur hétérogénéité clinique justifie une approche thérapeutique individualisée :
- DSE pour les lésions précoces.
- Analogues de la somatostatine dans les formes multifocales.
- Chirurgie pour les types agressifs ou compliqués.
Conclusion
Cette étude souligne l’intérêt d’une détection précoce par endoscopie et d’une classification histologique rigoureuse pour adapter le traitement. La DSE et les analogues de la somatostatine offrent des alternatives efficaces aux protocoles chirurgicaux traditionnels, sous réserve d’un suivi régulier pour prévenir les récidives.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002437