Association entre température froide en grossesse et issues défavorables de naissance

Association entre une faible température ambiante pendant la grossesse et les issues défavorables de la naissance : revue systématique et méta-analyse

Introduction
Le changement climatique représente un défi majeur du XXIe siècle, entraînant une augmentation des événements météorologiques extrêmes, y compris des températures ambiantes exceptionnellement élevées ou basses. Ces extrêmes thermiques suscitent des inquiétudes quant à leurs effets sur la santé publique, notamment la santé maternelle et infantile. Les femmes enceintes sont plus vulnérables aux variations thermiques en raison d’une thermorégulation altérée, pouvant affecter le développement fœtal. Des études suggèrent que l’exposition à des températures extrêmes compromet la thermorégulation, augmente les cytokines inflammatoires et perturbe la transmission hormonale mère-fœtus.

Si les risques liés à une exposition à la chaleur ont été étudiés, les effets d’une exposition prénatale au froid extrême sur les issues de la naissance n’ont pas été analysés de manière approfondie. Cette revue systématique et méta-analyse visent à évaluer l’association entre une exposition prénatale au froid et les issues défavorables (accouchement prématuré, faible poids de naissance [FPN], mortinaissance).

Méthodes
Conformément aux lignes PRISMA, une recherche systématique a été menée dans PubMed, Cochrane et Embase jusqu’en novembre 2021. Les critères d’éligibilité incluaient des études observationnelles évaluant le lien entre l’exposition prénatale au froid et le FPN, l’accouchement prématuré ou la mortinaissance. Les revues narratives, études animales et commentaires ont été exclus.

L’extraction des données a porté sur le design des études, la taille de l’échantillon, les périodes d’exposition et les facteurs de confusion. Le risque de biais a été évalué via l’échelle Newcastle-Ottawa. Les analyses statistiques (logiciels Stata 12 et Review Manager 5.3) ont utilisé des modèles à effets aléatoires pour regrouper les rapports de risque (RR). Des analyses de sensibilité, de biais de publication et de sous-groupes ont été réalisées.

Résultats
34 études regroupant plus de 79 millions de naissances ont été incluses.

Accouchement prématuré
22 études ont examiné ce lien. La majorité (16/22) ont rapporté un risque accru, avec un RR global de 1,08 (IC 95 % 1,04–1,13). Les analyses de sous-groupes ont identifié :

  1. Période d’exposition : Risque accru au 3ᵉ trimestre (RR 1,16 ; IC 1,12–1,20), la semaine précédant l’accouchement (RR 1,09 ; IC 1,03–1,16) et à la naissance (RR 1,34 ; IC 1,15–1,57).
  2. Niveau d’exposition : Risque significatif pour des températures < 1er percentile (RR 1,14 ; IC 1,06–1,23).
  3. Climat : Risque accru en zones tempérées (RR 1,15 ; IC 1,02–1,30) et chaudes (RR 1,09 ; IC 1,00–1,18), mais non en zones froides (RR 0,96 ; IC 0,92–1,01).
  4. Ethnie : Risque plus élevé chez les Asiatiques (RR 1,13 ; IC 1,06–1,20) et les Noirs (RR 1,37 ; IC 1,02–1,83), contrairement aux Caucasiens (RR 1,02 ; IC 0,96–1,08).

Faible poids de naissance
13 études ont évalué ce lien, avec un RR global de 1,07 (IC 1,03–1,12). Le risque était accru au 3ᵉ trimestre (RR 1,22 ; IC 1,11–1,33) et durant la semaine précédant l’accouchement (RR 1,06 ; IC 1,01–1,11). Aucune association significative n’a été observée pour le petit poids gestationnel (RR 1,00 ; IC 0,99–1,02).

Mortinaissance
5 études ont analysé ce lien, avec un RR global de 4,63 (IC 3,99–5,38) pour une exposition durant toute la grossesse. Aucun risque significatif n’a été identifié pour d’autres périodes d’exposition.

Discussion
Cette étude démontre qu’une exposition prénatale au froid augmente les risques d’issues défavorables, particulièrement en fin de grossesse. Les mécanismes potentiels incluent le stress maternel, l’apoptose placentaire et des anomalies fœtales. Les disparités géographiques et ethniques pourraient refléter des adaptations physiologiques ou socioéconomiques.

Limites
L’hétérogénéité élevée (notamment pour l’accouchement prématuré) peut s’expliquer par des variations méthodologiques et démographiques. Le nombre limité d’études sur le FPN et la mortinaissance nécessite des recherches complémentaires.

Conclusion
L’exposition au froid pendant la grossesse, surtout en fin de gestation, est associée à un risque accru d’issues défavorables. Les femmes enceintes dans les zones tempérées/chaudes et issues de minorités ethniques semblent plus vulnérables. Ces résultats soulignent l’importance de stratégies de santé publique pour atténuer ces risques environnementaux.

doi:10.1097/CM9.0000000000002361

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