Association entre le temps dans l’intervalle glycémique cible et la mortalité par cancer chez les patients diabétiques de type 2 : une étude de cohorte prospective
La relation entre le diabète et le cancer suscite un intérêt croissant en recherche médicale. Ces deux pathologies partagent des facteurs de risque communs tels que l’obésité, les troubles métaboliques, la sédentarité, une alimentation déséquilibrée, la consommation d’alcool et le tabagisme. Le diabète a été associé à une augmentation de 25 % du risque de mortalité par cancer, mais le rôle spécifique du contrôle glycémique, notamment via des paramètres comme le temps dans l’intervalle cible (TIR), reste mal compris. Cette étude prospective a examiné l’association entre le TIR, le temps au-dessus de l’intervalle (TAR), le temps en dessous de l’intervalle (TBR) et la mortalité par cancer chez des patients diabétiques de type 2.
Méthodes
Une cohorte prospective de 6 225 patients diabétiques de type 2 a été recrutée à Shanghai (Chine) entre janvier 2005 et décembre 2015, avec un suivi jusqu’au 31 décembre 2018. Le critère principal était la mortalité par cancer, et les critères secondaires incluaient la mortalité par cancer spécifique à un organe. Le TIR, mesuré par surveillance continue du glucose (CGM) à l’inclusion, correspondait au pourcentage moyen quotidien passé dans l’intervalle glycémique cible (70–180 mg/dL ou 3,9–10,0 mmol/L). Le TAR et le TBR représentaient respectivement le temps passé au-dessus ou en dessous de cet intervalle.
Résultats
Les participants avec un TIR ≤70 % étaient plus âgés, avaient un diabète plus ancien et un profil métabolique moins favorable comparés à ceux avec un TIR >70 %. L’âge moyen était de 61,7 ans, et la durée médiane de suivi de 7,10 années. Parmi les 237 décès par cancer enregistrés, l’analyse multivariée a montré :
- Un risque accru de 32 % de mortalité par cancer chez les patients avec TIR ≤70 % (HR : 1,32 ; IC 95 % : 1,01–1,75).
- Une augmentation de 7 % du risque pour chaque réduction de 10 % du TIR (HR : 1,07 ; IC 95 % : 1,02–1,14).
Une association significative a été observée entre le TIR et la mortalité par carcinome hépatocellulaire (HR : 1,24 par réduction de 10 % du TIR ; IC 95 % : 1,09–1,41). Aucun lien n’a été identifié entre l’HbA1c et la mortalité globale par cancer (HR : 1,04 ; IC 95 % : 0,97–1,10).
Les analyses de sensibilité (excluant les antécédents de cancer) et les sous-groupes (âge, sexe, IMC, tabagisme, traitement) ont confirmé ces résultats. Le TAR était associé à la mortalité par cancer (HR : 1,08 ; IC 95 % : 1,02–1,14), contrairement au TBR.
Discussion
Cette étude souligne la supériorité du TIR sur l’HbA1c pour évaluer le risque de mortalité par cancer, reflétant mieux l’exposition à l’hyperglycémie et la variabilité glycémique. Les mécanismes potentiels incluent :
- L’hyperglycémie, favorisant la progression tumorale via l’augmentation du métabolisme glycolytique et les perturbations du cycle cellulaire.
- L’hyperinsulinémie et l’insulinorésistance, stimulant la prolifération cellulaire via les récepteurs de l’insuline et de l’IGF.
- L’inflammation chronique et les déséquilibres hormonaux.
Limites
Les facteurs socio-économiques et les biais de sélection (population hospitalière) n’ont pas été ajustés. Une mesure unique du TIR à l’inclusion limite l’évaluation de sa variabilité temporelle.
Conclusion
Le TIR constitue une cible optimale pour réduire la mortalité par cancer chez les diabétiques de type 2. Son optimisation, intégrant la réduction de l’hyperglycémie, devrait être privilégiée dans la prise en charge clinique.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001740