Association entre l’acide urique sérique et le dysfonctionnement des grosses fibres nerveuses dans le diabète de type 2 : une étude transversale
Introduction
Le dysfonctionnement des grosses fibres nerveuses, évalué par le seuil de perception vibratoire (VPT), est un prédicteur majeur des risques d’ulcération, d’amputation et de mortalité chez les patients diabétiques. L’acide urique sérique (UA), un sous-produit de la synthèse des purines, est étroitement lié à divers troubles métaboliques, notamment le diabète. Cette étude visait à explorer la pertinence clinique de l’UA dans le dysfonctionnement des grosses fibres nerveuses chez les patients atteints de diabète de type 2 (DT2).
Méthodes
Les dossiers médicaux de patients consécutifs atteints de DT2 admis à l’hôpital de Pékin Friendship (campus de Pinggu) entre mai 2014 et décembre 2016 ont été analysés. Les données de 824 patients éligibles ont été extraites via un formulaire structuré. Un VPT anormal était défini comme une valeur ≥15 sur l’un des pieds. Les caractéristiques cliniques ont été comparées entre les patients avec VPT anormal et ceux avec VPT normal (valeur <15 aux deux pieds) dans la population globale et selon le sexe. Une analyse de régression logistique a exploré l’association entre le VPT anormal et le niveau d’UA, et une analyse de variance unidirectionnelle a comparé les valeurs de VPT selon les quartiles d’UA.
Résultats
Les niveaux d’UA étaient significativement plus bas chez les patients DT2 avec VPT anormal que chez ceux avec VPT normal (294,5 ± 84,0 vs. 314,9 ± 92,8 mmol/L, P < 0,01), en particulier chez les hommes (311,7 ± 85,2 vs. 336,9 ± 89,6 mmol/L, P < 0,01). L’hyperuricémie (hommes >420 mmol/L ; femmes >360 mmol/L) était associée à un risque réduit de VPT anormal (rapport de cotes [OR], 0,60 ; intervalle de confiance [IC] à 95 %, 0,39–0,91 ; P < 0,05). Cette association était robuste chez les hommes (OR, 0,43 ; IC 95 %, 0,24–0,76 ; P < 0,01) mais non significative chez les femmes (OR, 0,92 ; IC 95 %, 0,47–1,82 ; P = 0,816), même après ajustement pour les facteurs confusionnels. Chez les hommes jeunes (<65 ans), les valeurs de VPT diminuaient avec l’augmentation de l’UA (P de tendance = 0,002), contrairement aux hommes plus âgés (≥65 ans ; P de tendance = 0,400).
Discussion
L’étude révèle que de faibles niveaux d’UA sérique sont associés à un risque accru de dysfonctionnement des grosses fibres nerveuses chez les hommes DT2, mais pas chez les femmes. Chez les hommes jeunes, cette association est encore plus marquée. Ces résultats suggèrent un rôle protecteur de l’UA contre les lésions nerveuses, potentiellement via ses propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires. La réduction de l’UA pourrait diminuer la capacité de neutralisation des radicaux libres, exacerbant le stress oxydatif et les dommages neuronaux.
Les facteurs de risque traditionnels (âge avancé, durée du diabète, hypertension) ont également été confirmés. Les patients avec VPT anormal étaient plus âgés et présentaient des comorbidités plus fréquentes, cohérent avec les données existantes.
Limites
Les limites incluent l’absence de données sur la conduction nerveuse ou les biopsies, la variabilité des mesures d’UA (prélèvements réalisés dans un intervalle de 3 jours autour de l’hospitalisation), et le manque d’informations sur les modes de vie (tabagisme, alimentation). De plus, le caractère monocentrique pourrait limiter la généralisation des résultats.
Conclusion
En conclusion, de faibles niveaux d’UA sérique sont associés à un risque accru de dysfonctionnement des grosses fibres nerveuses chez les hommes DT2, particulièrement avant 65 ans. Ces résultats soulignent le rôle potentiel de l’UA dans la neuroprotection et appellent à des recherches supplémentaires pour élucider les mécanismes sous-jacents.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000223