Association entre la globuline liant les hormones sexuelles et la fonction rénale chez les hommes : Perspectives de l’étude SPECT-Chine
La maladie rénale chronique (MRC) représente un fardeau de santé mondiale croissant, en particulier dans les pays à revenu faible et intermédiaire comme la Chine, où sa prévalence croissante souligne le besoin urgent d’identifier des facteurs de risque modifiables. Le taux de filtration glomérulaire estimé (TFGe) est un indicateur largement utilisé de la fonction rénale, avec des valeurs inférieures à 60 mL·min⁻¹·1,73 m⁻² définissant un TFGe bas, un seuil étroitement associé à la MRC. Alors que des études antérieures ont exploré les liens entre les hormones sexuelles comme la testostérone et la dysfonction rénale, le rôle de la globuline liant les hormones sexuelles (SHBG)—une glycoprotéine qui régule la biodisponibilité des androgènes et des œstrogènes—reste peu étudié. Cette analyse transversale de l’étude SPECT-Chine examine l’association entre les niveaux de SHBG et la fonction rénale dans une large cohorte communautaire d’hommes chinois, offrant des perspectives critiques sur les biomarqueurs potentiels du risque de MRC.
Conception de l’étude et population
L’étude SPECT-Chine, menée entre 2014 et 2016, a recruté 12 666 adultes dans l’est de la Chine. Après exclusion des femmes, des individus avec des données manquantes sur la SHBG ou des antécédents de maladie rénale, 5 027 hommes ont été inclus. Les participants ont subi des évaluations standardisées, incluant des mesures anthropométriques (taille, poids, tour de taille), des contrôles de la pression artérielle et des tests de laboratoire pour les profils métaboliques et hormonaux. La créatinine sérique a été utilisée pour calculer le TFGe via l’équation de la Collaboration Epidémiologie de la Maladie Rénale Chronique (CKD-EPI). Les niveaux de SHBG et de testostérone totale (TT) ont été quantifiés respectivement par des immunoessais électrochimiluminescents et des méthodes de chimiluminescence.
Principaux résultats
Caractéristiques démographiques et cliniques
Parmi les participants, 198 hommes (3,9%) avaient un TFGe bas. Ceux avec un TFGe bas étaient plus âgés (68,3 ± 10,2 vs. 54,9 ± 12,9 ans), avaient des taux plus élevés de diabète (26,8% vs. 16,2%), d’hypertension (73,2% vs. 50,7%) et de dyslipidémie (49,0% vs. 40,4%), et présentaient une pression artérielle systolique, un tour de taille et un indice de masse corporelle (IMC) plus élevés. Notamment, les niveaux de SHBG étaient plus bas dans le groupe à TFGe bas (47,2 vs. 51,7 nmol/L), tandis que les niveaux de testostérone totale montraient une réduction modeste mais statistiquement significative (15,6 vs. 15,7 nmol/L).
Quartiles de SHBG et TFGe
Après ajustement pour l’âge, le tabagisme, les facteurs métaboliques (diabète, hypertension, dyslipidémie, stéatose hépatique non alcoolique [NAFLD]) et le tour de taille, les quartiles de SHBG ont démontré une forte relation inverse avec le risque de TFGe bas. Les hommes dans le quartile le plus bas de SHBG (4,70–29,2 nmol/L) avaient un risque 96% plus élevé de TFGe bas par rapport à ceux dans le quartile le plus élevé (59,7–187,6 nmol/L) (rapport de cotes [OR] = 1,96, intervalle de confiance [IC] à 95% : 1,10–3,48). Chaque augmentation d’un écart-type (SD) dans le logarithme transformé de la SHBG correspondait à une réduction de 29% du risque de TFGe bas (OR = 0,71, IC à 95% : 0,58–0,88).
Les modèles de régression linéaire ont en outre confirmé que des niveaux plus bas de SHBG étaient corrélés à un TFGe réduit. Par exemple, les hommes dans le quartile le plus bas de SHBG présentaient un TFGe inférieur de 2,53 mL·min⁻¹·1,73 m⁻² par rapport à ceux dans le quartile le plus élevé après ajustement complet pour les covariables, incluant la TT (β = -2,53, IC à 95% : -3,89 à -1,17, Ptendance < 0,001).
Analyses stratifiées et de sensibilité
Les analyses de sous-groupes ont révélé une hétérogénéité dans l’association SHBG-TFGe. La relation inverse était prononcée chez les hommes âgés de ≥60 ans, ceux avec un tour de taille <90 cm, et les individus sans diabète, dyslipidémie ou NAFLD. Des interactions significatives ont été observées pour le diabète (Pinteraction = 0,024) et l’hypertension (Pinteraction = 0,048), suggérant que la santé métabolique module le rôle de la SHBG dans la fonction rénale. Les analyses de sensibilité substituant l’IMC au tour de taille, la pression artérielle systolique à l’hypertension et les composants lipidiques à la dyslipidémie ont confirmé la robustesse des résultats.
Implications mécanistiques et cliniques
L’association de la SHBG avec la fonction rénale pourrait découler de son rôle dans la régulation de l’activité des hormones sexuelles. Des études précliniques suggèrent que la SHBG améliore la signalisation dépendante des androgènes dans les tubules rénaux, atténuant potentiellement la fibrose et l’inflammation. Des niveaux plus bas de SHBG pourraient réduire la testostérone bioactive, exacerbant les dommages rénaux—une hypothèse soutenue par l’association persistante entre la SHBG et le TFGe même après ajustement pour la TT.
Sur le plan clinique, la SHBG pourrait servir de biomarqueur pour la détection précoce de la MRC, en particulier dans les populations à haut risque métabolique. Sa relation inverse avec le TFGe s’aligne avec des études antérieures liant une faible SHBG à la résistance à l’insuline, au syndrome métabolique et aux maladies cardiovasculaires—conditions souvent comorbides avec la MRC. Cependant, la conception transversale ne permet pas d’établir une inférence causale, et l’absence de données sur l’albumine urinaire limite l’évaluation du stade de la MRC.
Limites et directions futures
Cette étude présente plusieurs limites. Premièrement, sa nature observationnelle ne permet pas d’établir une causalité entre la SHBG et le TFGe. Deuxièmement, la dépendance à la créatinine sérique—plutôt qu’à la cystatine C—pour l’estimation du TFGe pourrait sous-estimer la dysfonction rénale dans certaines populations. Troisièmement, un biais résiduel dû à des facteurs non mesurés (par exemple, régime alimentaire, activité physique) ne peut être exclu. De futures cohortes prospectives et des études mécanistiques sont nécessaires pour élucider le rôle biologique de la SHBG dans la santé rénale et explorer des interventions thérapeutiques ciblant les voies de la SHBG.
Conclusion
L’étude SPECT-Chine fournit des preuves convaincantes que des niveaux plus bas de SHBG sont indépendamment associés à un TFGe réduit et à un risque plus élevé de TFGe bas chez les hommes chinois. Ces résultats mettent en lumière le potentiel de la SHBG en tant que biomarqueur du risque de MRC et soulignent l’interaction entre la santé métabolique, les hormones sexuelles et la fonction rénale. L’exploration des voies liées à la SHBG pourrait ouvrir de nouvelles avenues pour la prévention ou la gestion de la MRC dans les populations vieillissantes.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002046