Association entre la longueur des télomères leucocytaires et la stéatose hépatique non alcoolique chez les patients atteints de diabète de type 2
La stéatose hépatique non alcoolique (NAFLD) est la principale cause de maladie hépatique à l’échelle mondiale, avec une prévalence en forte augmentation. La NAFLD et le diabète de type 2 (DT2) coexistent fréquemment en raison de caractéristiques pathogéniques communes, notamment la résistance à l’insuline et l’adiposité excessive. Les études estiment que la prévalence de la NAFLD chez les patients DT2 varie de 29,6 % à 87,1 %. Le DT2 augmente le risque de cirrhose, de carcinome hépatocellulaire et de décès lié au foie, tandis que la NAFLD pourrait accroître le risque d’événements cardiaques majeurs et de mortalité globale chez ces patients. Ainsi, le dépistage de la NAFLD et l’identification de biomarqueurs diagnostiques revêtent une importance majeure.
Les télomères, régions d’ADN riches en guanine aux extrémités des chromosomes eucaryotes, protègent les chromosomes de la fusion et de la dégradation. La longueur des télomères leucocytaires (LTL) est un marqueur du stress oxydatif systémique et de l’inflammation chronique, entraînant un renouvellement accru des leucocytes. Des études antérieures suggèrent que des télomères plus courts sont associés à des composantes du dysfonctionnement métabolique comme la résistance à l’insuline, l’obésité abdominale et l’hypertension. Cependant, le lien entre la LTL et la NAFLD reste ambigu, avec des résultats contradictoires.
Cette étude transversale a examiné l’association entre la LTL et la NAFLD chez 120 patients DT2 sans NAFLD et 120 patients DT2 appariés selon l’âge avec NAFLD. Les caractéristiques cliniques ont été recueillies, et la LTL mesurée par analyse des fragments de restriction terminaux (Southern blot). La NAFLD a été diagnostiquée par échographie. Les corrélations entre la LTL et les paramètres cliniques ont été analysées via des tests de Pearson/Spearman, et les facteurs associés à la NAFLD identifiés par régression logistique multiple.
Les résultats montrent une LTL significativement plus longue chez les patients DT2 avec NAFLD comparés à ceux sans NAFLD (6400,2 ± 71,8 paires de bases [pb] vs. 6023,7 ± 49,5 pb, p < 0,001), particulièrement lorsque la durée du diabète était inférieure à 2 ans. Une tendance à la réduction de la LTL avec l’augmentation de la durée du diabète a été observée chez les patients avec NAFLD, mais pas chez ceux sans NAFLD. En analyse multivariée, la LTL (OR : 1,001 ; IC 95 % : 1,000–1,002 ; p = 0,001), l’IMC (OR : 1,314 ; IC 95 % : 1,169–1,477 ; p < 0,001) et les triglycérides (OR : 1,984 ; IC 95 % : 1,432–2,747 ; p < 0,001) étaient indépendamment associés à la NAFLD.
La LTL plus longue chez les patients DT2 avec NAFLD, surtout aux stades précoces, suggère son rôle potentiel comme biomarqueur précoce. Le modèle combinant LTL, IMC et triglycérides a montré une aire sous la courbe ROC de 0,860 (IC 95 % : 0,804–0,917), supérieure à celle de la LTL seule (AUC = 0,654), indiquant une meilleure performance diagnostique.
Les points forts incluent l’utilisation du Southern blot (méthode de référence) et de l’échographie pour le diagnostic de NAFLD. Les limites concernent l’absence de groupe témoin sain et l’utilisation de l’échographie, moins précise que l’IRM ou la biopsie hépatique.
En conclusion, cette étude souligne l’association entre une LTL plus longue et la NAFLD chez les patients DT2, particulièrement en phase précoce. Ces résultats highlight l’intérêt de la LTL pour le dépistage précoce et la prise en charge de la NAFLD dans cette population. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour élucider les mécanismes sous-jacents et valider le rôle pronostique de la LTL.
DOI : 10.1097/CM9.0000000000000559