Association entre la durée du sommeil et l’incidence du diabète de type 2 en Chine : étude REACTION
Le diabète de type 2 représente un défi majeur de santé publique mondial, avec un risque accru de mortalité prématurée et d’hospitalisation liées aux complications. Comprendre l’impact des facteurs de risque modifiables est essentiel pour réduire le fardeau global de cette maladie. Bien que le sommeil soit crucial pour la santé des patients diabétiques, son rôle dans le maintien de l’homéostasie physiologique reste sous-estimé. Un sommeil insuffisant ou excessif est associé à une augmentation de l’indice de masse corporelle (IMC), une intolérance au glucose et un risque accru de diabète de type 2. Si l’activité physique et la perte de poids sont des interventions clés, l’exploration du lien entre sommeil et diabète pourrait offrir de nouvelles stratégies préventives.
Les courts et longs dormeurs présentent une incidence accrue de diabète. Une étude japonaise a décrit une relation en forme de J entre la durée du sommeil et les taux d’HbA1c. Cette étude de cohorte rétrospective analyse l’association entre le sommeil nocturne, la sieste diurne et le risque de diabète de type 2 dans la cohorte REACTION (Risk Evaluation of cAncers in Chinese diabetic Individuals: a lONgitudinal study), couvrant une période de 4 ans. Aucune étude similaire n’a été menée en Chine.
Méthodes
Les données proviennent de l’étude REACTION, incluant 14 429 participants de Beijing et du Fujian. Après exclusion des cas prévalents de diabète (n=1 754), de données manquantes (n=51) et de comorbidités (n=1 085), 11 539 sujets (4 043 hommes, 7 496 femmes) ont été inclus. Les paramètres sociodémographiques, le statut tabagique, alcoolique, l’IMC, la durée et la qualité du sommeil (auto-déclarés) ont été recueillis. L’hypertension était définie selon les critères ACC/AHA 2017 (PA ≥130/80 mmHg ou traitement), le diabète par une glycémie à jeun ≥7,0 mmol/L ou traitement, et l’hyperlipidémie par des seuils lipidiques spécifiques ou traitement.
Les analyses statistiques (Stata 14.2) ont utilisé des modèles de régression logistique ajustés pour l’âge, le sexe, l’IMC, les comorbidités et les habitudes de vie. Des splines cubiques restreintes ont modélisé les relations non linéaires. Les interactions entre la durée du sommeil, la sieste et la qualité du sommeil ont été testées.
Résultats
Parmi les 11 539 participants, 13,11 % dormaient ≥9 h/nuit et 5,18 % faisaient des siestes ≥90 min. Les longs dormeurs (≥9 h) étaient plus souvent des femmes fumeuses et consommatrices d’alcool, mais moins hypertendus ou hyperlipidémiques (p<0,05). Après 4 ans, 694 nouveaux cas de diabète ont été identifiés. Comparés aux dormeurs de 7-8 h/nuit, les sujets dormant ≥9 h présentaient un OR ajusté de 1,27 (IC95% :1,01-1,61 ; p=0,040). La courbe en J a confirmé un risque minimal pour 6,3-7,5 h de sommeil après ajustement. L’association était plus marquée chez les <65 ans, hommes, IMC<24 kg/m², hypertendus ou hyperlipidémiques, sans interaction significative.
Aucun effet synergique entre la sieste et la durée nocturne du sommeil n’a été observé. Cependant, les dormeurs de ≥9 h avec une bonne qualité de sommeil avaient un OR de 1,37 (IC95% :1,06-1,77). Les sujets dormant systématiquement ≥9 h sur les deux périodes d’étude présentaient un risque accru (OR=1,54 ; IC95% :1,07-2,24).
Discussion
Cette première étude chinoise démontre une relation en J entre la durée du sommeil et l’incidence du diabète, avec un risque minimal à 6,3-7,5 h. Les mécanismes sous-jacents aux effets délétères du sommeil prolongé restent obscurs, mais pourraient impliquer un mode de vie sédentaire ou des perturbations hormonales (leptine, ghréline). Contrairement aux études antérieures, la sieste n’a pas montré d’effet additif, possiblement en raison d’un manque de puissance statistique.
Les limites incluent l’auto-déclaration du sommeil, l’absence de mesures objectives et la courte période de suivi. Des études mécanistiques et des cohortes plus larges sont nécessaires.
Conclusion
Une durée de sommeil nocturne optimale (6,3-7,5 h) est associée au risque le plus faible de diabète de type 2 en Chine. Les interventions ciblant l’hygiène du sommeil pourraient compléter les stratégies de prévention actuelles.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001835