Association entre les facteurs nutritionnels et physiques et l’anémie chez les enfants scolarisés âgés de 5 à 11 ans à Pékin
Cette étude examine la relation entre les facteurs nutritionnels, biochimiques, physiques et l’anémie dans une population d’enfants scolarisés de 5 à 11 ans à Pékin. Bien que l’anémie infantile soit souvent attribuée à des carences en micronutriments, les recherches dans les régions aisées restent limitées. Ce travail s’appuie sur une enquête transversale de 2015, Surveillance nutritionnelle et sanitaire des écoliers de Pékin, pour explorer les causes sous-jacentes au-delà des carences nutritionnelles traditionnelles.
Conception de l’étude et méthodologie
Les données proviennent de trois sous-populations imbriquées dans le projet de surveillance. Population d’étude 1 incluait 4 326 participants avec des données sociodémographiques et anthropométriques. Population d’étude 2 (1 969 participants) comprenait des marqueurs biochimiques : hémoglobine (Hb), ferritine sérique (SF), folates, vitamine B12, vitamine A, zinc et marqueurs inflammatoires. Population d’étude 3 regroupait 554 enfants avec des données détaillées de rappel alimentaire sur 3 jours. Les critères d’exclusion éliminaient les participants avec des données incomplètes, des infections récentes ou des pathologies affectant le statut nutritionnel.
L’Hb a été mesurée par le système Hemocue. L’anémie était définie par une Hb <115 g/L pour les 5–11 ans. La carence en fer (ID) correspondait à une SF <15 μg/L, et l’anémie ferriprive (IDA) combinait anémie et ID. Les carences en folates (<4 ng/mL), vitamine B12 (<203,25 pg/mL) et vitamine A (<0,7 μmol/L) suivaient les directives de l’OMS et chinoises. Les Z-scores de taille pour l’âge (HAZ) et d’IMC pour l’âge (BAZ) ont été calculés selon les standards de croissance de l’OMS.
Résultats clés
Prévalence de l’anémie et des carences nutritionnelles
La prévalence globale de l’anémie était de 2,8 % (56 cas), sans disparité sexuelle significative (44,6 % de garçons vs 55,4 % de filles, P = 0,38). Les enfants ruraux représentaient 85,7 % des cas (P < 0,01). L’Hb moyenne était de 128,9 ± 9,5 g/L, stable entre sexes. Les taux d’ID et d’IDA étaient extrêmement bas à 0,7 % et 0,2 %. Seuls trois cas d’anémie étaient liés à l’IDA. Aucun déficit en folates, vitamine B12 ou vitamine A n’a été observé chez les enfants anémiques. Dans la population générale, les carences étaient marginales : vitamine A (0,2 %), B12 (0,2 %) et folates (0,6 %).
Corrélats anthropométriques et démographiques
Les enfants anémiques présentaient une taille et un poids inférieurs à leurs pairs non anémiques (P < 0,01). Le jeune âge, la résidence rurale et l’absence de suppléments nutritionnels augmentaient le risque d’anémie (P < 0,05). Les graphiques en nuage (Figure supplémentaire 2) montraient que quatre enfants anémiques avaient un HAZ <−1 (retard statural léger), dont un à HAZ −2,14 (retard modéré). Cependant, ces cas ne présentaient pas de carences en micronutriments. Par exemple, l’enfant avec HAZ −2,14 avait des niveaux normaux de SF et de B12, mais des folates marginaux (4,21 ng/mL).
Apports alimentaires et associations biochimiques
L’analyse des apports alimentaires (Population 3) n’a révélé aucune différence significative en énergie, macronutriments ou micronutriments entre groupes anémiques et non anémiques (P > 0,05). Néanmoins, le jeune âge, la ruralité et des indices anthropométriques inférieurs restaient liés à l’anémie (P < 0,05). Une régression linéaire multivariée (Population 2, excluant les trois cas d’IDA) identifiait l’âge (β = 1,517, P < 0,001), le HAZ (β = 0,657, P = 0,002), le BAZ (β = 0,398, P = 0,036), la vitamine A sérique (β = 2,176, P = 0,001) et le zinc (β = 0,369, P = 0,006) comme prédicteurs positifs de l’Hb. Le récepteur soluble de la transferrine (sTfR), marqueur de demande en fer, corrélait négativement avec l’Hb (β = −0,459, P = 0,021). Curieusement, les apports alimentaires en vitamine A et zinc n’influençaient pas l’Hb dans la Population 3, suggérant un rôle prédominant de facteurs physiologiques ou d’absorption.
Analyse stratifiée par tertiles d’âge
Une stratification de la Population 1 en tertiles d’âge (Tableau supplémentaire 4) montrait une augmentation progressive de la taille, du poids et de l’Hb avec l’âge (P < 0,05). Les modèles de régression confirmaient l’âge (β = 1,501, P < 0,001), le sexe féminin (β = 0,579, P = 0,038), le HAZ (β = 0,814, P < 0,001), le BAZ (β = 0,301, P = 0,008) et la résidence rurale (β = −1,014, P = 0,001) comme prédicteurs indépendants de l’Hb. Les données de suivi de 2017 indiquaient que la majorité des enfants anémiques en 2015 s’étaient rétablis sans intervention, soulignant une résolution physiologique liée à l’âge.
Discussion
Repenser les déterminants nutritionnels
Contrairement aux tendances mondiales où l’ID domine, cette étude souligne un rôle minimal des carences en fer ou vitamines chez les écoliers pékinois. La faible prévalence d’IDA concorde avec les recherches en zones urbaines asiatiques non paludéennes, où la suffisance en fer alimentaire et les faibles taux d’infection réduisent le risque d’ID. Les régimes végétaux, souvent critiqués pour leur faible biodisponibilité en fer, n’étaient pas associés à l’anémie, reflétant les résultats de l’Enquête nationale sur la santé et la nutrition en Chine.
Statut de croissance et retards développementaux
Le lien entre une Hb plus basse, le jeune âge et le retard statural suggère des mécanismes physiologiques plutôt que pathologiques. Les jeunes enfants pourraient présenter une Hb transitoirement basse en raison d’une croissance rapide dépassant l’expansion du volume sanguin. Ceci s’aligne avec les données longitudinales montrant une résolution spontanée de l’anémie légère dans la petite enfance. L’association entre HAZ/BAZ et Hb implique que les enfants avec des trajectoires de croissance retardées peuvent exprimer des déficits temporaires en Hb, se normalisant avec le rattrapage développemental.
Limites et implications en santé publique
La conception transversale limite les inférences causales, et des facteurs non mesurés (menstruations, helminthiases, hémoglobinopathies) pourraient influencer les résultats. Néanmoins, les résultats plaident contre une supplémentation systématique en fer dans des populations similaires. Les décideurs devraient privilégier le suivi de la croissance et l’éducation nutritionnelle pour soutenir des régimes équilibrés. Les écoles et systèmes de santé pourraient intégrer le suivi de l’Hb et des paramètres anthropométriques dans les bilans de routine, notamment pour les jeunes enfants et les ruraux.
Conclusion
Chez les écoliers pékinois, l’anémie est largement indépendante des carences classiques en micronutriments, avec l’âge et le développement physique comme déterminants primaires. Les stratégies de santé publique doivent privilégier la surveillance développementale et un soutien nutritionnel holistique plutôt que la supplémentation en micronutriments dans les contextes de faible prévalence.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001600