Association entre la consommation de fruits frais et le risque d’hospitalisation et de décès liés à la bronchopneumopathie chronique obstructive chez les adultes chinois : une étude de cohorte prospective
La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) demeure une cause majeure de morbidité et de mortalité mondiale, avec des projections estimant qu’elle deviendra la troisième cause de décès d’ici 2030. En Chine, le fardeau de la BPCO est particulièrement élevé, touchant plus de 100 millions d’adultes âgés de 40 ans et plus. Bien que le stress oxydatif et l’inflammation soient des facteurs clés dans la pathogenèse de la BPCO, les facteurs liés au mode de vie, tels que l’alimentation, pourraient jouer un rôle crucial dans sa prévention. Cette étude examine l’association entre la consommation de fruits frais et le risque d’hospitalisation et de décès liés à la BPCO dans une vaste cohorte prospective d’adultes chinois, en explorant les interactions potentielles avec le statut tabagique et l’indice de masse corporelle (IMC).
Conception de l’étude et population
La cohorte China Kadoorie Biobank (CKB) a inclus plus de 500 000 adultes âgés de 30 à 79 ans, recrutés entre 2004 et 2008 dans dix régions géographiquement diversifiées en Chine. Les participants présentant des maladies chroniques préexistantes (BPCO confirmée par spirométrie, cancer, maladies cardiovasculaires, diabète, tuberculose) ont été exclus. Au total, 421 428 individus ont été analysés. Le suivi prospectif moyen était de 10,9 ans (suivi total : 4 576 684 personnes-années), documentant les hospitalisations et décès liés à la BPCO.
Évaluation de la consommation de fruits frais
À l’inclusion, la consommation alimentaire a été évaluée via un questionnaire validé de fréquence alimentaire (QFA), classant la consommation de fruits frais en cinq catégories : jamais/rarement, mensuelle, 1–3 jours/semaine, 4–6 jours/semaine et quotidienne. La deuxième enquête (2013–2014) a quantifié les portions usuelles (100 g/jour par portion). La reproductibilité et la validité du QFA ont été confirmées par des mesures répétées et des rappels alimentaires sur 24 heures.
Définition des outcomes
Les outcomes liés à la BPCO (hospitalisations et décès) ont été identifiés via les bases de données nationales d’assurance santé, les certificats de décès et le suivi actif. Les cas de BPCO ont été codés selon la CIM-10 (J41–J44). Un sous-ensemble de cas a été validé, confirmant une précision diagnostique de 85 %.
Analyse statistique
Les modèles de Cox à risques proportionnels ont estimé les rapports de risque (HR) et intervalles de confiance à 95 % (IC 95 %), ajustés pour des facteurs sociodémographiques (âge, sexe, région, éducation, revenu), comportementaux (tabagisme, alcool, activité physique, pollution domestique) et alimentaires (consommation de légumes, viande, poisson). Des analyses stratifiées ont évalué les modifications d’effets selon le tabagisme, l’IMC et d’autres covariables.
Résultats clés
Association globale
Durant le suivi, 11 292 événements liés à la BPCO ont été recensés (taux d’incidence : 2,47 pour 1 000 personnes-années). Une relation inverse dose-réponse a été observée :
- Les consommateurs quotidiens présentaient un risque réduit de 22 % versus les non-consommateurs (HR = 0,78 ; IC 95 % : 0,71–0,87).
- Les consommateurs 4–6 jours/semaine (HR = 0,83 ; IC 95 % : 0,75–0,91), 1–3 jours/semaine (HR = 0,88 ; IC 95 % : 0,82–0,95) et mensuels (HR = 0,95 ; IC 95 % : 0,88–1,02) montraient des réductions progressives.
Chaque portion quotidienne supplémentaire (100 g) réduisait le risque de 19 % (HR = 0,81 ; IC 95 % : 0,75–0,87).
Analyses de sous-groupes
Tabagisme : L’effet protecteur était plus marqué chez les non-fumeurs (HR = 0,78 ; IC 95 % : 0,68–0,89) que chez les fumeurs actuels (HR = 0,83 ; IC 95 % : 0,72–0,97), soulignant l’importance prioritaire du sevrage tabagique.
IMC : Les participants avec un IMC normal (18,5–24,0 kg/m²) bénéficiaient davantage (HR = 0,69 ; IC 95 % : 0,59–0,79), contrairement aux individus en surpoids ou obèses, suggérant une interaction entre l’inflammation liée à l’obésité et les antioxydants alimentaires.
Analyses de sensibilité
L’exclusion des cas précoces (3 premières années) ou des comorbidités n’a pas modifié les résultats. L’analyse restreinte aux non-fumeurs confirmait l’association inverse (HR = 0,79).
Fonction pulmonaire à l’inclusion
Une consommation élevée de fruits était corrélée à une meilleure fonction pulmonaire :
- VEMS : +91 mL chez les consommateurs quotidiens.
- CVF : +111 mL.
Mécanismes potentiels
Les fruits frais, riches en vitamines et polyphénols, combattent le stress oxydatif et l’inflammation, moteurs de la progression de la BPCO. Le tabagisme et l’obésité pourraient atténuer ces effets via des dommages oxydatifs accrus ou une inflammation systémique.
Implications en santé publique
En Chine, où la consommation quotidienne de fruits reste faible (18,4 % des participants), son augmentation pourrait réduire le fardeau de la BPCO. Les interventions devraient intégrer alimentation, sevrage tabagique et gestion du poids.
Limites
- Évaluation alimentaire : Mesure uniquement à l’inclusion.
- Facteurs confondants résiduels : Exposition à la pollution non mesurée.
- Sous-diagnostic de la BPCO en Chine.
Conclusion
Cette étude prospective démontre qu’une consommation fréquente de fruits frais est associée à un risque réduit d’hospitalisation et de décès liés à la BPCO, particulièrement chez les non-fumeurs et les individus avec un IMC normal. Des recherches futures devraient explorer les types de fruits et les biomarqueurs du stress oxydatif.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002591