Association de la circulation extracorporelle avec l’insuffisance rénale aiguë chez les patients subissant un pontage aorto-coronarien : une étude de cohorte rétrospective
L’insuffisance rénale aiguë (IRA) est une complication majeure après une chirurgie cardiaque ou non cardiaque. Parmi les interventions cardiaques, le pontage aorto-coronarien (PAC) présente un risque élevé d’IRA. Le rôle de la circulation extracorporelle (CEC) dans le développement de l’IRA reste controversé. Cette étude rétrospective évalue l’association entre la CEC et l’IRA postopératoire selon les critères KDIGO (Kidney Disease: Improving Global Outcomes).
Conception de l’étude et population
Menée à l’hôpital Xijing (Université médicale militaire de Xi’an, Chine) entre septembre 2016 et octobre 2017, l’étude incluait des patients ≥18 ans ayant subi un PAC isolé électif. Les critères d’exclusion comprenaient une chirurgie cardiaque antérieure, une instabilité hémodynamique préopératoire, un débit de filtration glomérulaire (DFG) basal <30 mL/min/1,73 m², ou l'absence de données sur la fonction rénale.
Collecte des données
Les données démographiques, les comorbidités, les médicaments préopératoires et les variables peropératoires (durée opératoire, nombre de greffons, dose de sufentanil) ont été recueillies. Le DFG a été estimé via l’équation de Cockcroft-Gault. Le critère principal était l’incidence d’IRA postopératoire (augmentation de la créatininémie ≥0,3 mg/dL en 48 heures ou ×1,5 en 7 jours). Les critères secondaires incluaient les coûts hospitaliers, la durée d’hospitalisation et les complications à un an.
Résultats
Sur 234 patients analysés (107 avec CEC, 127 sans CEC), l’incidence d’IRA était significativement plus élevée dans le groupe CEC (69,1 % vs 33,9 % ; différence de risque absolue 35,2 %). Après ajustement pour l’âge, le sexe, le DFG préopératoire, le nombre de greffons, le score EuroSCORE II et l’historique d’AVC, la CEC restait un facteur de risque indépendant d’IRA (risque relatif ajusté [RR] = 1,73 ; IC 95 % : 1,19–2,51). Les analyses de sous-groupes ont confirmé cette association.
Les coûts hospitaliers totaux étaient plus élevés avec la CEC (différence médiane : 18 328 ¥ ; p < 0,001). L’IRA postopératoire était associée à une augmentation de 25,69 % de la durée d’hospitalisation. À un an, aucune différence significative de mortalité ou de complications composites n’a été observée entre les groupes, mais les patients avec IRA présentaient une mortalité globale plus élevée (10,4 % vs 1,9 % ; p = 0,004).
Discussion
Les mécanismes potentiels incluent l’hypoperfusion rénale, l’hémodilution et la réaction inflammatoire systémique induites par la CEC. Ces résultats soulignent l’importance de stratégies de protection rénale, particulièrement en cas d’utilisation de la CEC. Les limites incluent le caractère rétrospectif et monocentrique de l’étude.
Conclusion
La CEC est un facteur de risque indépendant d’IRA après PAC. Une réduction de son utilisation, lorsqu’elle est envisageable, et l’optimisation des mesures néphroprotectrices pourraient atténuer le fardeau clinique et économique associé à l’IRA. Des études prospectives multicentriques sont nécessaires pour valider ces résultats.
Mots-clés : Circulation extracorporelle, Pontage aorto-coronarien, Insuffisance rénale aiguë, KDIGO, Complications postopératoires.
Conflits d’intérêts : Aucun déclaré.
Financement : Aucun soutien financier spécifique.
doi : 10.1097/CM9.0000000000002465