Application de l’amplification multiplexe de sondes dépendante d’une ligation dans le diagnostic génétique de l’albinisme oculocutané
L’albinisme oculocutané (OCA) est une maladie autosomique récessive causée par des mutations affectant la synthèse de la mélanine et la biogenèse des mélanosomes. Avec une prévalence mondiale d’environ 1 sur 17 000, l’OCA pose d’importants défis diagnostiques et de prise en charge en raison de la variabilité de ses manifestations phénotypiques. Bien qu’un traitement symptomatique existe, aucun remède curatif n’est disponible. L’hétérogénéité clinique rend difficile la classification des sous-types d’OCA basée uniquement sur les caractéristiques physiques, ce qui rend essentielle l’analyse moléculaire et génétique pour un diagnostic précis, un dépistage des porteurs et un conseil prénatal.
Les méthodes traditionnelles de test génétique, telles que le séquençage de Sanger et le séquençage de nouvelle génération (NGS), sont couramment utilisées pour identifier les mutations associées à l’OCA. Cependant, ces méthodes échouent souvent à détecter la deuxième mutation chez certains patients, en particulier celles impliquant des variations du nombre de copies (CNV). Les CNV, incluant des délétions ou duplications étendues de segments génomiques, représentent une proportion significative des mutations pathogènes. L’amplification multiplexe de sondes dépendante d’une ligation (MLPA), une technique signalée pour la première fois en 2002, s’est imposée comme un outil puissant pour détecter les CNV, y compris les réarrangements intragéniques de petite taille.
Dans cette étude, 12 patients non apparentés atteints d’OCA ont été sélectionnés pour une analyse génétique. Ces patients présentaient déjà une mutation ponctuelle hétérozygote identifiée par séquençage de Sanger ou NGS dans le gène de la tyrosinase (TYR) ou le gène OCA2. Certaines données NGS suggéraient la présence de délétions hétérozygotes étendues. Cliniquement, tous les patients montraient une hypopigmentation cutanée, capillaire et irienne variable, accompagnée de nystagmus, photophobie et déficience visuelle. Les membres non atteints de leurs familles avaient une pigmentation normale.
La MLPA a été utilisée pour rechercher des délétions hétérozygotes étendues chez ces patients. Les résultats ont révélé que 8 des 12 cas (66,7 %) portaient des délétions hétérozygotes d’un ou plusieurs exons. Sept types distincts de délétions ont été identifiés : deux dans TYR et cinq dans OCA2. Parmi elles, la délétion Ex1–24 d’OCA2 (Patient 2) et la délétion Ex1–5 de TYR (Patient 6) n’avaient jamais été rapportées dans la Human Gene Mutation Database ou la 1000 Genomes Database. Toutes les mutations ont été classées pathogènes selon les critères de l’American College of Medical Genetics and Genomics. Deux mutations étaient de novo, n’étant héritées d’aucun parent.
L’OCA1, causé par des mutations de TYR, entraîne une perte totale ou partielle d’activité de la tyrosinase. L’OCA1A, la forme la plus sévère, se manifeste par une peau et des cheveux blancs dès la naissance, avec une absence permanente de mélanine. Les patients OCA1B peuvent développer une pigmentation résiduelle avec l’âge. L’OCA2, associé à des mutations d’OCA2, perturbe le pH des mélanosomes et l’activité tyrosinasique. Les patients OCA2 présentent typiquement une peau claire, des cheveux blonds et des iris dépigmentés, associés à des troubles visuels pouvant s’améliorer avec l’âge.
La variabilité phénotypique de l’OCA souligne l’importance des analyses moléculaires pour un diagnostic définitif. Bien que le séquençage de Sanger et le NGS détectent efficacement les mutations ponctuelles, ils négligent souvent les CNV, responsables d’environ 5,5 % des mutations pathogènes. La MLPA, grâce à sa sensibilité et spécificité élevées, complète ces méthodes en identifiant les CNV. Contrairement au NGS, qui peut détecter les CNV à l’échelle du génome, la MLPA cible des régions spécifiques. Son utilisation simple et sa capacité à confirmer les CNV suspectés en font un outil incontournable dans le diagnostic génétique de l’OCA.
En conclusion, cette étude souligne le rôle clé de la MLPA dans l’exploration génétique de l’OCA, particulièrement lorsque les méthodes traditionnelles échouent à identifier la seconde mutation. En détectant les délétions hétérozygotes étendues, la MLPA permet une compréhension approfondie des bases génétiques de l’OCA, facilitant un diagnostic précis et un conseil génétique éclairé pour les familles concernées.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000356