Anomalies fonctionnelles cérébrales chez les patients atteints de carcinome nasopharyngé après radiothérapie : une étude observationnelle en IRM au repos
Le carcinome nasopharyngé (CNP) est une tumeur maligne fréquente dans les régions endémiques, où la radiothérapie (RT) reste le pilier du traitement. Bien que la RT offre un contrôle efficace de la maladie, de nombreux survivants présentent des complications neurocognitives persistantes (pertes mnésiques, troubles de l’attention, difficultés d’apprentissage), altérant leur qualité de vie. Les progrès technologiques en RT ont réduit l’incidence des nécroses cérébrales visibles, mais des déficits cognitifs émergent même en l’absence de lésions structurelles apparentes, soulevant des questions sur les mécanismes sous-jacents.
Cette étude visait à explorer les altérations fonctionnelles cérébrales post-RT chez des patients atteints de CNP via l’IRM fonctionnelle au repos (IRMf), en mesurant l’activité neuronale et la connectivité fonctionnelle (CF). Quarante-deux participants (22 patients nouvellement diagnostiqués et 20 témoins sains) ont été inclus entre septembre 2014 et décembre 2016. Les patients ont subi des IRMf avant et après RT, tandis que les témoins ont été évalués une fois. Les critères d’exclusion incluaient des antécédents de RT, de chimiothérapie, ou de pathologies cérébrales organiques.
L’analyse des données IRMf a porté sur l’amplitude des fluctuations de basse fréquence (ALFF) et la CF. L’ALFF évalue l’activité neuronale spontanée via les fluctuations du signal BOLD, tandis que la CF mesure les corrélations interrégionales. Des tests t appariés et indépendants ont comparé les groupes.
Les résultats ont révélé une diminution significative de l’ALFF dans le sillon calcarin bilatéral, le gyrus lingual, le cunéus et le gyrus occipital supérieur après RT, régions impliquées dans le traitement visuel. Une réduction de la CF au sein du réseau du mode par défaut (DMN), incluant le précunéus, le cortex cingulaire postérieur et le cortex préfrontal médian, a également été observée. Ces altérations du DMN, crucial pour la mémoire et l’attention, pourraient expliquer les déficits cognitifs post-RT.
Aucune différence pré-RT n’a été détectée entre patients et témoins. Post-RT, les patients ont montré une baisse d’ALFF dans le gyrus lingual, le sillon calcarin, le cortex préfrontal médian et le cortex cingulaire, ainsi qu’une CF réduite entre cervelet, parahippocampe, hippocampe, gyrus fusiforme, gyrus frontal inférieur, gyrus occipital inférieur, précunéus et cortex cingulaire. L’analyse dosimétrique des organes à risque (tronc cérébral, moelle épinière, nerfs optiques, lobes temporaux) a confirmé des doses conformes aux limites de tolérance, suggérant que même des doses modérées induisent des perturbations fonctionnelles.
Ces résultats éclairent les mécanismes précoces des dysfonctionnements cérébraux post-RT. L’atteinte du cortex visuel et du DMN corrobore les symptômes cliniques. L’étude souligne la sensibilité de ces réseaux aux radiations et l’utilité de l’IRMf au repos pour détecter des altérations infracliniques. Elle ouvre des perspectives pour le suivi longitudinal et le développement de stratégies neuroprotectrices.
En conclusion, cette recherche démontre que la RT provoque des modifications fonctionnelles immédiates chez les patients atteints de CNP, affectant l’activité neuronale régionale et l’intégrité des réseaux cérébraux. L’IRMf au repos se positionne comme un outil prometteur pour évaluer les effets cérébraux des traitements oncologiques et optimiser leur sécurité.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000277