Analyse des facteurs influençant la réanimation cardiopulmonaire et les résultats de survie chez les adultes après un arrêt cardiaque intrahospitalier : Une étude observationnelle rétrospective
L’arrêt cardiaque intrahospitalier (ACIH) demeure une urgence médicale critique avec des taux de survie globalement faibles. Malgré les avancées des recommandations en réanimation cardiopulmonaire (RCP), y compris les directives 2020 de l’Association américaine de cardiologie (AHA) insistant sur une RCP de haute qualité, les taux de survie après ACIH en Chine restent sous-étudiés. Cette étude observationnelle rétrospective vise à identifier les facteurs influençant le retour à une circulation spontanée (ROSC) et la survie jusqu’à la sortie de l’hôpital chez les adultes victimes d’ACIH. En analysant des variables cliniques et liées à la réanimation, l’étude éclaire les déterminants pronostiques et souligne les axes d’amélioration des pratiques de réanimation.
Conception de l’étude et population
L’étude a été menée au Tianjin Medical University General Hospital, un centre de soins tertiaires disposant d’une équipe d’urgence structurée incluant résidents seniors et juniors, infirmiers, et résidents spécialisés en anesthésie ou urgences. Les données, collectées entre septembre 2019 et septembre 2020, concernaient 467 patients adultes (≥18 ans) ayant nécessité une RCP pour ACIH. Après exclusion des patients avec arrêt cardiaque extrahospitalier (OHCA), chronologie incertaine, dossiers incomplets, tumeurs avancées ou défaillance multiviscérale non néoplasique, 324 patients ont été inclus. Les critères d’exclusion visaient à minimiser les biais liés aux conditions terminales ou au manque de données.
Collecte des données et variables
Les variables démographiques et cliniques comprenaient l’âge, le sexe, les antécédents de tabagisme/alcool, l’IMC, le lieu de l’ACIH, l’Indice de comorbidité de Charlson ajusté selon l’âge (ACCI), l’étiologie de l’arrêt, le rythme initial (choquable ou non), le délai entre l’ACIH et la RCP, l’utilisation de défibrillation, l’intubation endotrachéale, les doses totales d’épinéphrine et la durée de la réanimation. Le critère principal était le ROSC, défini comme une récupération soutenue de la fonction cardiaque (sons cardiaques audibles, pouls carotidien palpable et pression artérielle systolique ≥90 mmHg pendant ≥20 minutes). Le critère secondaire était la survie jusqu’à la sortie. Les résultats neurologiques ont été évalués via l’échelle de performance cérébrale (CPC) lors du suivi.
Analyse statistique
Les variables continues ont été analysées par test t de Student ou test U de Mann-Whitney, selon la normalité. Les variables catégorielles ont été comparées par test du χ² ou test exact de Fisher. Une régression logistique multivariée a identifié les prédicteurs indépendants du ROSC et de la survie, incorporant les variables significatives en analyse univariée ou jugées pertinentes cliniquement. Les courbes de survie de Kaplan-Meier ont comparé la durée de survie selon le statut neurologique (CPC 1–2 vs. CPC 3–5). Les analyses ont utilisé SPSS 26.0 et GraphPad Prism 9.
Résultats clés
Caractéristiques descriptives
Parmi 324 patients (âge médian : 72 ans ; 63,9 % d’hommes), un ROSC a été obtenu chez 34,9 % (n = 113), et 9,26 % (n = 30) ont survécu jusqu’à la sortie. Les non-survivants présentaient des scores ACCI plus élevés (médiane 8 vs. 4, p = 0,015), reflétant un fardeau de comorbidités plus important. Une étiologie cardiogénique (infarctus, arythmie) était plus fréquente dans les groupes ROSC (57,5 % vs. 42,2 %, p = 0,008) et survie (76,7 % vs. 44,6 %, p = 0,001). Les rythmes initiaux choquables (fibrillation ventriculaire, tachycardie ventriculaire sans pouls) étaient associés au ROSC (27,4 % vs. 4,3 %, p < 0,001) et à la survie (53,3 % vs. 8,2 %, p < 0,001).
Prédicteurs du ROSC et de la survie
L’analyse univariée a révélé :
- Âge : Plus élevé chez les non-ROSC (71 vs. 67 ans, p = 0,020) et les non-survivants (70 vs. 65 ans, p = 0,029).
- Délai avant RCP : Un délai accru réduisait le ROSC (3 vs. 2 minutes, p < 0,001) et la survie (3 vs. 1 minute, p < 0,001).
- Défibrillation : Plus utilisée dans les groupes ROSC (43,4 % vs. 14,7 %, p < 0,001) et survie (56,7 % vs. 21,4 %, p < 0,001).
- Doses d’épinéphrine : Corrélées à de moins bons résultats (ROSC : 5 vs. 2 mg, p < 0,001 ; survie : 4 vs. 1 mg, p < 0,001).
- Durée de réanimation : Associée à un ROSC moindre (30 vs. 5 minutes, p < 0,001) et une survie réduite (25 vs. 4 minutes, p < 0,001).
L’analyse multivariée a identifié :
- ROSC : Jeune âge (OR : 0,96 par année), défibrillation (OR : 3,21), faibles doses d’épinéphrine (OR : 0,88 par mg), intubation (OR : 1,89) et durée de réanimation courte (OR : 0,92 par minute).
- Survie : Durée de réanimation courte (OR : 0,87 par minute), rythme choquable initial (OR : 6,45) et RCP précoce (OR : 0,75 par minute de délai).
Résultats neurologiques
Les survivants avec un CPC 1–2 avaient une survie post-hospitalisation plus longue que ceux avec CPC 3–5 (p < 0,001), soulignant l’importance de la protection cérébrale pendant la RCP.
Implications cliniques et discussion
L’étude met en lumière des facteurs modifiables (délai de RCP, défibrillation) et non modifiables (âge, comorbidités). La relation inverse entre doses d’épinéphrine et survie pourrait refléter des réanimations prolongées plutôt qu’un effet causal. L’intubation, liée au ROSC, suggère un bénéfice de la gestion avancée des voies aériennes, mais nécessite une formation pour minimiser les interruptions des compressions.
La durée de réanimation plus courte associée à de meilleurs résultats appelle des protocoles équilibrant l’arrêt des efforts futiles et une période d’essai adéquate. Les résultats neurologiques, corrélés à la survie à long terme, alignent avec les données mondiales sur l’importance des soins post-réanimation.
Limites
Cette étude monocentrique rétrospective présente des biais potentiels (expérience des soignants, structure de l’équipe d’urgence). L’exclusion des patients terminaux ou avec données incomplètes limite la généralisation. Les doses d’épinéphrine et la durée de réanimation pourraient refléter la sévérité de l’état, nécessitant des études prospectives.
Conclusion
L’étude identifie l’âge, le délai de RCP, le rythme initial, la défibrillation, l’utilisation d’épinéphrine et la durée de réanimation comme déterminants clés des résultats après ACIH. Optimiser la défibrillation précoce, réduire les délais de RCP et standardiser les soins post-réanimation pourrait améliorer la survie. Des études multicentriques prospectives sont nécessaires pour valider ces résultats.
doi : 10.1097/CM9.0000000000002333