Analyse des facteurs potentiels contribuant au refus d’une stratégie invasive après un infarctus du myocarde avec élévation du segment ST en Chine
Introduction
L’infarctus du myocarde avec élévation du segment ST (STEMI) est une condition grave et potentiellement mortelle nécessitant une intervention médicale urgente pour rétablir le flux sanguin coronaire. L’intervention coronarienne percutanée (ICP) est un traitement efficace, réduisant significativement la mortalité lorsqu’elle est réalisée précocement. Cependant, une proportion importante de patients éligibles en Chine refusent l’ICP, entraînant des pronostics défavorables. Cette étude vise à identifier les facteurs associés à ce refus et à explorer les différences liées au sexe.
Méthodes
Une analyse rétrospective a été menée à partir d’une cohorte prospective multicentrique incluant 957 patients atteints de STEMI (260 femmes, 697 hommes) admis aux urgences de six hôpitaux publics chinois entre août 2015 et septembre 2017. Les données cliniques, démographiques et les issues à 30 jours ont été comparées entre les groupes « refus d’ICP » (n=98) et « ICP réalisée » (n=859). Une régression logistique multivariée a identifié les facteurs prédictifs du refus.
Résultats
Les patients refusant l’ICP étaient plus âgés (≥65 ans : OR 2,66 ; IC 95 % 1,56–4,52 ; p<0,001), avaient un IMC plus bas (OR 0,91 ; IC 95 % 0,84–0,98 ; p=0,013), étaient moins souvent mariés (OR 0,29 ; IC 95 % 0,17–0,49 ; p<0,001), et présentaient des antécédents d’infarctus (OR 2,59 ; IC 95 % 1,33–5,04 ; p=0,005). Une fréquence cardiaque élevée à l’admission (OR 1,02 ; IC 95 % 1,01–1,03 ; p=0,002), un choc cardiogénique aux urgences (OR 5,03 ; IC 95 % 1,48–17,08 ; p=0,010), un délai préhospitalier >12 heures (OR 3,31 ; IC 95 % 1,83–6,02 ; p<0,001) et une admission hors hôpital tertiaire (OR 0,45 ; IC 95 % 0,27–0,75 ; p=0,002) étaient également associés au refus.
Les femmes refusant l’ICP étaient plus âgées, moins souvent mariées, avaient un IMC plus bas et étaient moins admises en centres tertiaires que les hommes. L’analyse multivariée a montré que l’IMC, le statut marital, les antécédents d’infarctus, la fréquence cardiaque, le choc cardiogénique, le délai préhospitalier et le statut de l’hôpital étaient des facteurs prédictifs significatifs chez les femmes, tandis que l’âge, le statut marital et le délai préhospitalier l’étaient chez les hommes.
Discussion
Le refus de l’ICP semble lié à des facteurs socio-économiques (âge avancé, isolement social), cliniques (comorbidités, état critique) et structurels (accès aux centres tertiaires). L’influence du statut marital souligne le rôle du soutien familial dans la prise de décision. Les différences liées au sexe reflètent des inégalités d’accès aux soins et des perceptions divergentes des bénéfices/risques de l’ICP, particulièrement chez les femmes plus âgées et isolées.
Implications cliniques
Des interventions ciblées sont nécessaires pour améliorer l’acceptation de l’ICP : éducation des patients sur son urgence, réduction des délais préhospitaliers, renforcement du soutien psychosocial (notamment pour les personnes âgées et les femmes), et optimisation des ressources dans les hôpitaux non tertiaires. Les professionnels doivent insister sur l’importance de l’ICP même en cas de choc cardiogénique, où son bénéfice reste prouvé.
Conclusion
Cette étude identifie des déterminants multifactoriels du refus de l’ICP en Chine, avec des disparités liées au sexe. Une approche personnalisée, intégrant des dimensions socioculturelles et cliniques, est cruciale pour améliorer l’adhésion thérapeutique et le pronostic des patients atteints de STEMI.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001171