Analgésie Péridurale pendant le Travail : Prolongation du Travail et Pyrexie Maternelle – Une Revue Systématique
L’analgésie péridurale (AP) est une méthode largement utilisée pour soulager la douleur pendant le travail, offrant des bénéfices analgésiques significatifs. Cependant, son emploi soulève des inquiétudes concernant son impact sur la progression du travail et l’incidence de pyrexie maternelle. Cette revue systématique vise à examiner ces problématiques en analysant les données probantes liées aux effets de l’AP sur la durée du travail et la fièvre maternelle.
Introduction
La douleur du travail est une expérience inévitable pour les parturientes, nécessitant une gestion efficace pour optimiser l’expérience de l’accouchement. L’analgésie neuraxiale, notamment l’AP, est reconnue comme sûre et efficace. Toutefois, des débats persistent sur le moment optimal d’initiation de l’AP, son potentiel à prolonger le travail et son association avec la fièvre maternelle. Cette revue synthétise les données actuelles pour éclairer ces questions.
Processus du Travail
L’un des principaux sujets de préoccupation est l’impact de l’AP sur la durée du travail et le mode d’accouchement. Le moment d’initiation de l’AP est particulièrement discuté, certaines études suggérant qu’une initiation précoce pourrait prolonger le travail et augmenter le risque de césarienne.
Initiation Précoce vs. Tardive de l’AP
Plusieurs études ont comparé les effets d’une initiation précoce versus tardive. Un essai randomisé de Wong et al. (2005) n’a montré aucune différence significative dans les taux de césarienne ou d’accouchement vaginal instrumental entre les groupes. Cependant, le groupe avec analgésie intrathécale précoce a présenté un temps médian plus court jusqu’à la dilatation complète.
Ohel et al. (2006) et Wang et al. (2009) ont également rapporté l’absence d’augmentation du risque de césarienne avec une AP initiée précocement (dès 1 cm de dilatation). Une revue systématique de Sng et al. (2014) incluant 15 752 femmes n’a pas identifié de différences significatives dans la durée de la deuxième phase du travail ou le risque d’accouchement instrumental.
Utilisation Continue de l’AP pendant la Deuxième Phase du Travail
L’utilisation continue d’anesthésiques locaux à faible concentration pendant la deuxième phase du travail ne semble pas affecter négativement les issues maternelles ou néonatales. Une étude de Chestnut et al. (1990) utilisant de la bupivacaïne à 0,0625 % n’a pas montré d’effet sur la durée du travail. Shen et al. (2017) ont confirmé ces résultats, soulignant l’absence d’impact sur le taux de césarienne.
Les régimes par bolus intermittents (PIEB) réduisent significativement la durée de la deuxième phase comparés aux perfusions continues (CEI), comme démontré par George et al. (2013) et Bullingham et al. (2018).
Pyrexie Maternelle ou Fièvre Intrapartum
L’incidence de fièvre intrapartum (≥38°C) est plus élevée chez les femmes sous AP. Une étude rétrospective de Lieberman et al. (1997) a rapporté un taux de 14,5 % sous AP contre 1 % sans AP. Dashe et al. (1999) ont observé une fièvre chez 46 % des femmes sous AP contre 26 % sans AP.
Bien qu’un essai randomisé de Sharma et al. (2014) n’ait pas montré de différence significative entre l’AP et les opioïdes systémiques, la fièvre intrapartum semble liée à une inflammation placentaire.
Mécanisme Proposé de la Fièvre Associée à l’AP
Le mécanisme implique probablement une inflammation non infectieuse. Les anesthésiques locaux modulent l’immunité et induisent des lésions cellulaires, activant l’inflammasome et la libération de cytokines pro-inflammatoires (par exemple, IL-6, TNF-α). Des essais cliniques montrent que les glucocorticoides réduisent l’incidence de la fièvre, soutenant l’hypothèse inflammatoire.
Conclusion
L’AP reste une méthode sûre et efficace pour la gestion de la douleur du travail. Une initiation précoce n’augmente pas le risque de césarienne ni ne prolonge significativement le travail. Cependant, l’incidence de fièvre intrapartum est plus élevée sous AP, probablement en raison de mécanismes inflammatoires non infectieux. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour clarifier ces mécanismes et développer des stratégies préventives.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000646