Amplitude des mouvements in vivo des segments cervicaux

Amplitude des mouvements in vivo des segments cervicaux chez les patients atteints de spondylose cervicale lors de mouvements dynamiques du cou

La spondylose cervicale est une affection dégénérative touchant la sous-charge de la colonne cervicale, entraînant des symptômes tels que des douleurs axiales, une radiculopathie ou une myélopathie cervicale. Le traitement chirurgical courant, la discectomie cervicale antérieure avec fusion (ACDF), est associé à une dégénérescence adjacente symptomatique (ASD) chez plus de 90 % des patients, nécessitant des réinterventions dans 25,6 % des cas. Les prothèses de remplacement discal total (TDR) visent à restaurer la mobilité segmentaire, mais leurs résultats cliniques ne surpassent pas ceux de l’ACDF. L’étiologie de l’ASD reste incertaine, mais une hypothèse suggère que les mouvements postopératoires ne correspondent pas à la cinématique physiologique in vivo. Cette étude compare les amplitudes de mouvement (ROM) des segments sous-axiaux cervicaux chez des patients symptomatiques (niveau C5–6) et des sujets asymptomatiques, en utilisant une imagerie dynamique.

Méthodologie
Huit patients (26–51 ans ; grades Pfirrmann III à V à C5–6, avec ossification du ligament longitudinal postérieur) et dix témoins sains (30–59 ans ; grades Pfirrmann I à III) ont été inclus. La colonne cervicale a été imagée par IRM 3 Tesla et modélisée en 3D. Un système de fluoroscopie double a capturé les mouvements dynamiques (flexion-extension et rotation axiale gauche-droite). Les modèles 3D ont été alignés aux images fluoroscopiques via une technique de recalage 3D-2D validée. Les ROM intervertébraux (C3–C7) ont été calculés en coordonnées cartésiennes, avec analyse statistique par test t de Student (significativité : p < 0,05).

Résultats
Flexion-extension :

  • C3–4 : 14,5° ± 5,7° (témoins) vs 13,8° ± 3,6° (patients) (p > 0,05).
  • C4–5 : 16,7° ± 2,7° vs 16,9° ± 2,5° (p > 0,05).
  • C5–6 : 15,1° ± 3,6° vs 18,4° ± 5,9° (p < 0,05).
  • C6–7 : 9,4° ± 3,0° vs 8,9° ± 3,3° (p > 0,05).

Rotation axiale :

  • C3–4 : 12,3° ± 2,9° vs 11,8° ± 4,4° (p > 0,05).
  • C4–5 : 10,9° ± 2,9° vs 7,5° ± 2,4° (p < 0,05).
  • C5–6 : 11,6° ± 3,8° vs 6,3° ± 2,4° (p < 0,05).
  • C6–7 : 7,4° ± 1,8° vs 6,1° ± 3,0° (p > 0,05).

Discussion
Les patients présentent une hypermobilité au niveau C5–6 en flexion-extension (laxité segmentaire) mais une hypomobilité en rotation axiale (raideur aux niveaux C4–5 et C5–6). Ces variations reflètent une adaptation pathologique des structures adjacentes, influençant le risque d’ASD. Les implants actuels de TDR, conçus pour des charges unidirectionnelles, restituent mal la cinématique multifactorielle. Une approche hybride (fusion + TDR) pourrait optimiser la biomécanique en combinant stabilité et mobilité.

Limites
La puissance statistique limitée (25 % pour la flexion-extension à C5–6) et l’absence d’évaluation des tissus mous (dégénérescence discale via IRM T2) restreignent l’interprétation. Des études prospectives incluant des pathologies multiniveaux sont nécessaires.

Conclusion
La spondylose altère différemment les ROM selon le mouvement cervical, soulignant la nécessité d’adapter les stratégies chirurgicales aux cinématiques préopératoires. Les prothèses devraient intégrer des objectifs de répartition des charges plutôt qu’une restauration mécanique isolée.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000001209

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