Aberrations Cytogénétiques du Lymphome Lymphoplasmocytaire/Macroglobulinémie de Waldenström chez les Patients Chinois

Aberrations Cytogénétiques du Lymphome Lymphoplasmocytaire/Macroglobulinémie de Waldenström chez les Patients Chinois

Le lymphome lymphoplasmocytaire/macroglobulinémie de Waldenström (LLP/MW) est un lymphome non hodgkinien B indolent rare, caractérisé par des particularités cliniques et biologiques. Malgré sa rareté, la compréhension du paysage cytogénétique du LLP/MW est cruciale pour élucider sa pathogenèse et guider la prise en charge. Cependant, en raison des difficultés à obtenir des métaphases tumorales pour le caryotypage et de la prolifération lente des cellules tumorales, les études cytogénétiques sur le LLP/MW restent limitées. Cette étude analyse systématiquement les aberrations cytogénétiques chez 305 patients chinois atteints de LLP/MW, fournissant des insights précieux sur leurs caractéristiques génétiques et implications pronostiques.

Conception de l’Étude et Caractéristiques des Patients

L’étude a inclus 305 patients diagnostiqués avec un LLP/MW à l’Institut d’Hématologie et des Maladies du Sang de l’Académie des Sciences Médicales Chinoises et de l’Université Médicale de l’Union de Pékin (1998–2018). Le diagnostic reposait sur les critères consensuels de la MW. L’âge médian était de 62 ans (32–87 ans), avec un ratio homme-femme de 2,5:1,0. Parmi les patients, 285 présentaient une paraprotéine IgM, 17 une IgG et trois une IgA. Les symptômes prédominants étaient la fatigue (64,9 %, 198/305) et les saignements (14,1 %, 43/305). Le taux médian d’IgM était de 3485 mg/dL (120–14 400 mg/dL), avec 41,3 % (126/305) ayant une IgM ≥4000 mg/dL. Le taux médian d’hémoglobine (Hb) était de 8,5 g/dL (2,4–18,7 g/dL), et 80,0 % (244/305) avaient une Hb <11,5 g/dL. Selon le système pronostique international ISSWM, 17,6 % (45/255) étaient à faible risque, 36,5 % (93/255) à risque intermédiaire et 45,9 % (117/255) à haut risque. Une hépatomégalie, splénomégalie, adénopathie ou symptômes B étaient observés chez 16,3 % (49/300), 37,9 % (113/298), 38,2 % (112/293) et 29,7 % (87/293) des patients. La charge tumorale était faible : médiane de cellules lymphoplasmocytaires dans la moelle osseuse de 45,0 % (2,0–97,0 %) et de cellules clonales détectées par cytométrie de 16,4 % (0,2–92,9 %).

Analyse Cytogénétique

Un caryotypage conventionnel a été réalisé sur 206 échantillons médullaires, avec succès dans 194 cas (94,2 %). Des anomalies clonales ont été détectées chez 20 patients : huit cas avec deux anomalies chromosomiques et quatre avec des caryotypes complexes. Les anomalies les plus fréquentes étaient la délétion 6 ou 6q (5/20) et la délétion Y (4/20). D’autres anomalies récurrentes incluaient la trisomie 12, la délétion 7, la délétion 20q, la trisomie 3, la trisomie 4, l’amplification 8q et la délétion 17p. Tous les patients avec délétion 6/6q et trois avec délétion Y présentaient des anomalies additionnelles. Un cas de translocation t(1,12)(p22,q12) a été observé.

La FISH a été effectuée sur 194 patients, avec ≥3 sondes pour 106 patients (54,6 %). Les incidences des anomalies étaient : délétion 6q (21,4 %, 6/28), trisomie 12 (7,6 %, 5/66), délétion 17p13 (6,0 %, 11/184), délétion 13q14 (5,3 %, 9/171), amplification 1q21 (2,8 %, 1/36) et délétion 11q22 (2,0 %, 2/100). Parmi les 28 patients avec anomalies FISH, 23 avaient une anomalie unique, quatre deux anomalies et un trois anomalies. Quatre patients avec ≥2 anomalies présentaient une délétion 17p13 ou 13q14.

Implications Pronostiques des Anomalies

La présence d’anomalies cytogénétiques n’a pas affecté significativement la survie sans progression (SSP) ou globale (SG). La SSP médiane était de 46 mois (caryotype normal) vs 62 mois (anormal) (P = 0,775). La SG médiane était de 114 mois (normal) vs 75 mois (anormal) (P = 0,180). Cependant, la délétion 17p13 était associée à une SSP (28 vs 54 mois, P = 0,054) et SG (28 vs 114 mois, P = 0,001) plus courtes. La délétion 11q22 entraînait également un mauvais pronostic (SG : 34 vs 114 mois, P = 0,024). Les autres anomalies (trisomie 12, délétion 6q, 13q14) n’affectaient pas la survie.

Associations avec les Caractéristiques Cliniques

La trisomie 12 était associée à des neutrophiles ≤1,5×10⁹/L (60,0 % vs 16,4 %, P = 0,018) et une hypoalbuminémie (100 % vs 56,7 %, P = 0,057). La délétion 13q14 était liée à une LDH >250 U/L (33,3 % vs 8,1 %, P = 0,012), et la délétion 6q à des plaquettes >100×10⁹/L (100 % vs 59,1 %, P = 0,057). Aucune corrélation avec les groupes de risque ISSWM n’a été observée.

Discussion et Limites

Cette étude souligne un paysage cytogénétique distinct chez les patients chinois, où la délétion 6q n’impacte pas la survie, contrairement à la délétion 17p13, facteur de mauvais pronostic. Les limites incluent le design rétrospectif, l’absence de stimulation lors du caryotypage et un effectif limité. Des études prospectives sont nécessaires pour confirmer ces résultats.

Conclusion

Les anomalies cytogénétiques du LLP/MW varient selon les populations. La délétion 17p13 émerge comme un marqueur pronostique clé, justifiant son intégration dans la stratification thérapeutique. Ces résultats plaident pour une analyse cytogénétique systématique dans la prise en charge du LLP/MW.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002656

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